«Au plan du droit, la France est exemplaire»

INTERVIEW Daniel Lebègue, président de Transparence-international France, décrypte le rapport remis par l’ONG…

Propos recueillis par Pierre Koetschet

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Corruption : les pots de vin et les échanges de dollars sous la table restent courant dans de nombreux domaines.
Corruption : les pots de vin et les échanges de dollars sous la table restent courant dans de nombreux domaines. — DR

Daniel Lebègue, président de Transparence-international France, décrypte le rapport remis par l’ONG, qui décerne un satisfecit à la France, et pointe du doigt le Royaume-Uni et le Japon.

N’est-ce pas la première fois que Transparence-International décerne un bon point à la France en matière de lutte contre la corruption?

Sans doute. C’est la première fois que TI, de manière aussi claire et explicite, prend acte des progrès réalisés par la France depuis 2000. Nous avons été le premier pays à ratifier la convention des Nations unies, nous avons transposé toutes les directives européennes en matière de corruption publique et privée… Au plan du droit, il est vrai que la France apparaît exemplaire. 

Est-ce aussi le cas dans les faits?

Si l’on regarde l’action des juges, là aussi la France apparaît plutôt comme un bon élève. Il y a maintenant une dizaine de dossiers où des condamnations qui ont été prononcées, ou qui donnent lieu à des investigations.

Les entreprises françaises qui travaillent à l’international sont-elles aussi irréprochables?


Evidemment, tout n’est jamais tout blanc ou tout noir. On peut dire qu’il y a de gros progrès par rapport à la situation qui était la notre il y a dix ans. Verser des commissions pour obtenir des marchés était très répandu et même légal. Depuis, les pratiques ont changé. De nombreuses entreprises ont édicté des codes de bonne conduite, des règles internes et s’y tiennent. Mais on ne peut pas dire que nous sommes dans une situation où nous avons réussi à éliminer partout toutes les pratiques de corruption.

Est-ce que cette relative bonne conduite n’est pas un handicap pour les entreprises françaises?
 
Tout le monde, y compris notre ONG, est très sensible à l’égalité des conditions de concurrence. Il y a des cas où il faut en passer par les commissions. Comment répondre à cela? La bonne réponse, ce n’est pas d’accepter cela et de revenir en arrière, mais de tirer tout le monde vers le haut. Il faut une règle mondiale avec un système de sanctions et de contrôle international.