À qui profitera la hausse de la taxe sur le diesel?

AUTOMOBILE Dès 2016, la taxe sur le diesel sera augmentée tandis que celle sur l'essence sera réduite...

Laure Cometti

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Le prix du gazole à la pompe va augmenter de trois centimes par litre dès le 1er janvier 2016.
Le prix du gazole à la pompe va augmenter de trois centimes par litre dès le 1er janvier 2016. — Jacques Brinon/AP/SIPA

L’Etat veut réduire l’avantage fiscal pour le diesel, carburant entaché par le scandale des moteurs truqués de Volkswagen, alors que Paris accueillera en décembre la COP 21, une conférence internationale sur le climat.

Le gouvernement a décidé mercredi que les taxes appliquées au prix du gazole et de l’essence seraient rapprochées sur cinq ans. Dès l’année prochaine, le tarif du diesel sera majoré d’un centime d’euro par litre, tandis que celui de l’essence baissera d’un centime, et bis repetita en 2017. Sachant que l’écart de taxation entre les deux carburants est actuellement d’environ 16 centimes d’euro, il ne s’agit pas d’un alignement total, mais d’un rapprochement des prix du diesel et de l’essence. Quel est l’impact de cette mesure sur le portefeuille des usagers, les comptes de l’Etat, et sur l’environnement ? 20 Minutes fait le point.

Un surcoût pour les automobilistes en diesel

Les propriétaires d’une voiture diesel paieront un peu plus cher à la pompe. Outre la surtaxation annoncée mercredi, il faut prendre en compte la taxe carbone adoptée en juillet dernier, qui augmentera de deux centimes le prix du litre de gazole dès le 1er 2016. Dès 2016, le prix du litre de gazole sera donc majoré de trois centimes, soit un surcoût de 1,50 euro pour un plein de 50 litres. « L’automobiliste est le contribuable le plus taxé, les impôts représentent un quart du budget annuel d’entretien d’une voiture », déplore Céline Genzwurker-Kastner, directrice juridique de l’Association Automobile Club (ACA). En revanche, les automobilistes qui roulent à l’essence verront l’addition légèrement réduite.

Dans tous les cas, cette fluctuation semble marginale comparée aux variations du prix à la pompe sur le territoire français, avec des écarts allant jusqu’à 20 centimes d’euros.

 

Une entrée d’argent pour l’Etat et des allégements fiscaux

Le diesel est le carburant le plus vendu en France, à raison de 80 %. La taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) a ainsi rapporté dix milliards d’euros en 2014. « Un centime de hausse sur le seul gazole rapporte près de 400 millions d’euros par an », estime la Fédération nationale d’associations d’usagers des transports (Fnaut).

Le gouvernement a promis d’utiliser cette recette supplémentaire « pour financer l’allégement de la fiscalité locale des contribuables modestes, et notamment des retraités ». Un geste supplémentaire envers les ménages modestes, à hauteur de 250 millions d’euros, a déjà été inscrit mercredi au projet de budget 2016.

Et pour les constructeurs ?

Le diesel se taille encore la part du lion, avec 55,7 % des ventes de voitures neuves et plus de 60 % de véhicules roulant au gazole en France. Mais cet essor s’est essoufflé depuis quelques années, et la décrue « va s’accélérer de façon considérable », prédit à l’AFP Flavien Neuvy, directeur de l’Observatoire Cetelem de l’automobile.

Or les ventes déclinantes de voitures diesel remettent en question cette filière. À long terme, la « dé-dieselisation » du marché automobile français suppose une mutation pour les usines et les travailleurs du secteur, estimés à 10 000 emplois directs et 200 000 postes indirects par le Comité des Constructeurs Français d’Automobiles (CCFA).

Quid de l’environnement ?

C’est là que le bât blesse. « Le tout essence posera aussi des problèmes de qualité de l’air, il n’y a pas de solution miracle », explique Bertrand-Olivier Ducreux, ingénieur au service transports et mobilité de l’Ademe. « Le moteur essence ne pollue pas moins que le moteur diesel, il émet des particules qui contribuent plus fortement à la formation d’aérosols organiques secondaires ». Pour améliorer la qualité de l’air, le gouvernement devra donc en faire bien davantage, estime l’Ademe.