Porc: la concurrence européenne reste un problème majeur pour les industriels français

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Des jambons à la salaison, le 8 mars 2015 à Brennilis, dans le Finistère
Des jambons à la salaison, le 8 mars 2015 à Brennilis, dans le Finistère — Damien Meyer AFP

Pris en tenaille entre une offre «surabondante» en Europe et une baisse chronique de la consommation, les industriels du porc réclament au gouvernement des marges de manoeuvre pour faire face à la concurrence des pays voisins.

«Face à un tsunami venu d'Espagne et d'Allemagne, l'avenir de la filière française ne pourra pas se construire avec des digues de sable», a déclaré Jean-Paul Bigard, président du Syndicat national des industries des viandes (Sniv), et patron du groupe éponyme, lors de l'assemblée générale du syndicat mardi.

Après l'échec du «prix artificiel» de 1,40 euro le kilo au marché du porc breton, fixé au début de l'été sous l'égide du gouvernement, «nous demandons aux pouvoirs publics comme à la filière de changer de mode de réflexion», a-t-il ajouté.

«Tous les clignotants sont au rouge et même au rouge vif», avec une consommation française en baisse de 3,5% fin septembre, alors que la production européenne a augmenté de 4% au premier semestre, a-t-il souligné.

Dénonçant une «distorsion de concurrence», en particulier avec l'Allemagne où «le recours à des salariés détachés s'est généralisé», selon le directeur délégué du Sniv Paul Rouche, l'organisation réclame des baisses de cotisations sociales et une réduction des «contraintes» environnementales et sanitaires.

Outre-Rhin, les salariés des abattoirs sont payés «entre 6 et 12 euros» de l'heure, mais «ça peut aller beaucoup plus bas qu'on ne le croit», a assuré Hervé Gabaud, directeur des ressources humaines du groupe Bigard, leader français des viandes.

La filière allemande applique pourtant depuis 2014 un salaire minimum, actuellement de 8 euros brut de l'heure et qui doit grimper à 8,75 euros fin 2016. En France, le Smic horaire est fixé à 9,61 euros brut.

«Rien n'est réglé de la question du dumping social en Europe», a affirmé M. Bigard, qui juge impossible de «lutter contre des abattoirs allemands et espagnols qui emploient du personnel à un coût inférieur de 40% à 50% à la France».

Les producteurs de la Fédération nationale porcine (FNP) ont toutefois dénoncé mercredi dans un communiqué «l'hyprocrisie» des abatteurs, en particulier Bigard et la coopérative Cooperl, accusés d'avoir «orchestré» la chute du cours du porc et de «réaliser un dumping baissier» en France.

- Embargo russe -

En Europe, le Danemark fait figure de contre-exemple car il parvient chaque année à exporter 90% de ses 30 millions de porcs avec des salaires notoirement élevés.

Mais la filière porcine y est particulièrement concentrée: le nombre d'éleveurs y a été divisé par 20 en trente ans (à peine 3.500) et trois groupes contrôlent la quasi-totalité de l'abattage, dont le géant Danish Krown, qui possède cinq sites d'une capacité annuelle de 1,5 millions à 4,8 millions de têtes, a précisé Knud Buhl, du Conseil danois des viandes (Danske Slagterier).

En Espagne aussi, cinq abattoirs seulement absorbent 35% de la production nationale (25,5 millions de porcs par an), au rythme de 40.000 à 70.000 têtes par semaine, même si le pays compte encore plus de 600 abattoirs, a indiqué Miguel Angel Higuera, de l'Association espagnole des producteurs de viande porcine (Angrogapor).

Au-delà des problèmes d'harmonisation du coût du travail ou d'organisation des filières, les industriels européens s'accordent tous sur la nécessité de lever l'embargo sanitaire imposé par la Russie depuis février 2014. «Cela entraînerait une hausse des prix de 10 à 15 centimes par kilo», a estimé M. Buhl.

La Commission européenne «continue à minimiser les conséquences de cet embargo qui affaiblit nos filières animales et profite à nos concurrents», notamment le Brésil, a déploré M. Bigard.

Le ministre français de l'Agriculture, Stéphane Le Foll, doit justement se rendre à Moscou jeudi et vendredi pour discuter de ce sujet.

Les débouchés à l'étranger sont d'autant plus importants pour la France que les dépenses en viandes de boucherie sont en chute continue depuis les années 1980, a rappelé Pascale Hébel du Credoc.

«La consommation de viande va continuer de baisser. L'avenir, c'est le marché global», a tranché John Brook, de la Fédération américaine des exportateurs de viande.