Monsanto supprime 2.600 emplois pour résister à la chute des céréales

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L'entrée du siège de Monsanto, à Saint-Louis, dans le Missouri, le 7 avril 2014
L'entrée du siège de Monsanto, à Saint-Louis, dans le Missouri, le 7 avril 2014 — Juliette MICHEL AFP

Monsanto, affecté par la chute des prix des matières premières agricoles, a annoncé mercredi une nouvelle restructuration supprimant quelque 2.600 emplois d'ici deux ans, soit environ 13% de ses effectifs totaux, en quête d'économies sur fond de plongeon des bénéfices.

Aucun détail n'est donné sur les régions concernées si ce n'est que le groupe envisage de dégraisser dans les fonctions marketing et commerciales.

Il se désengage de son activité de canne à sucre et espère économiser à terme 400 millions de dollars par an grâce à ce plan de restructuration portant sur les 18 à 24 prochains mois.

Le coût est de 850 à 900 millions de dollars, dont une grande partie porte sur des indemnités de licenciement.

«Ces changements sont faits pour transformer et innover la façon dont l'entreprise opère afin de devenir plus agile et efficace», explique le groupe qui emploie quelque 20.000 personnes dans une soixantaine de pays à travers le monde.

Cette réduction de la voilure tombe à un mauvais moment pour le spécialiste des OGM, qui a annoncé mercredi un plongeon de ses bénéfices de 15,5% à 2,31 milliards de dollars lors de son dernier exercice fiscal clos fin août.

Il a même creusé davantage que prévu ses pertes lors des trois derniers mois, à 495 millions de dollars.

Pour faire passer la pilule, Monsanto va distribuer 3 milliards de dollars à ses actionnaires via un programme de rachat de ses propres actions. Le titre reculait de plus de 1% vers 14H55 GMT à Wall Street où il a perdu plus de 20% de sa valeur depuis le début de l'année.

- Pressions -

La pression des défenseurs de l'environnement s'est par ailleurs intensifiée après le classement en mars du glyphosate, le principe actif du Roundup, comme «cancérogène probable» par l'agence du cancer de l'Organisation mondiale de la santé.

Comme ses rivaux et compatriotes DuPont et Dow Chemical, Monsanto traverse une période difficile, qui devrait se prolonger à court terme puisque le groupe a livré des prévisions 2015/16 nettement en dessous des attentes.

Il table sur un bénéfice par action ajusté, référence en Amérique du nord, compris entre 5,10 et 5,60 dollars, alors que les marchés en attendent 6,20 dollars en moyenne.

«Il ne fait aucun doute que 2016 va être une année très difficile pour le secteur agricole», a souligné Pierre Courduroux, le directeur financier.

Les ventes de semences transgéniques, la principale source de revenus du groupe, ont reculé de 4,6% l'an dernier, dans le sillage de la baisse de 2% des prix du maïs et de 12,7% de ceux du soja.

L'appréciation du dollar face aux principales devises rend en outre chers les produits de Monsanto dans des pays comme le Brésil, où les agriculteurs les utilisent largement. Le réal brésilien a chuté d'environ 35% face au dollar depuis le début de l'année.

Quant aux engrais et désherbants, leurs revenus annuels ont décroché de 7%, affectés par le gel dans différents pays de la commercialisation du désherbant vedette Roundup, régulièrement mis en cause dans la surmortalité des abeilles.

Monsanto vient en outre d'essuyer un revers judiciaire retentissant en France, son marché le plus important parmi les pays d'Europe et d'Afrique du nord. Il y a été reconnu responsable de l'intoxication d'un agriculteur à travers son herbicide Lasso. Le groupe, créé et basé à Saint Louis (Missouri, centre) depuis 1901, s'est pourvu en cassation.

Jusqu'à l'été, Monsanto espérait se reposer sur des acquisitions pour générer la croissance. Mais éconduit à trois reprises par le semencier suisse Syngenta, il a jeté l'éponge et mis pour l'instant en veille ces projets.

En fusionnant avec Syngenta, le groupe américain ambitionnait de créer un géant mondial des semences, vendant sous un même toit les cultures et leurs produits de protection.

Ce mariage aurait aussi été l'opportunité de se développer dans le créneau à forte croissance de l'agriculture analytique et de la gestion des risques. Celui-ci vise à mettre l'accent sur les technologies permettant d'obtenir des informations fiables (qualité des terres...) pour aider fermiers et agriculteurs à améliorer leurs récoltes.