Electronique: confier son corps à la technologie, un nouveau créneau

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Des chaussures d'analyse de marche développées par Fujitsu sont exposées au salon du Ceatec près de Tokyo, le 7 octobre 2015
Des chaussures d'analyse de marche développées par Fujitsu sont exposées au salon du Ceatec près de Tokyo, le 7 octobre 2015 — YOSHIKAZU TSUNO AFP

Des chaussures d'analyse de la marche, un smartphone inspecteur de bedaine, un miroir détecteur de mauvaise mine ou un lit enregistreur de paramètres physiques: le salon de l'électronique Ceatec en banlieue de Tokyo montre que l'humain se destine de plus en plus à confier son corps à la technologie.

«Les semelles de ces chaussures sont notamment équipées d'un accéléromètre, de trois capteurs de pression et d'un capteur de torsion, ce qui permet d'analyser en détail la marche», explique une chercheuse de Fujitsu à l'origine de ce concept.

«L'idée est de réaliser un suivi qui permette d'améliorer les habitudes de vie (marcher plus régulièrement, avec un meilleur équilibre, etc.)», ajoute-t-elle.

Les informations recueillies automatiquement sont transmises par technologie sans fil vers un smartphone et sont ensuite copiées sur un serveur distant. Elles peuvent en outre être combinées à d'autres données, par exemple celles émanant d'un capteur GPS, pour permettre des analyses plus étendues.

Chez Kyocera, les chercheurs ont choisi de s'intéresser au ventre, et plus particulièrement à la graisse qu'il enferme: là encore, ce sont les capteurs qui font le travail. La société de Kyoto (ouest) a conçu une application qui utilise le gyrocapteur d'un smartphone pour établir une coupe du tour de taille en parcourant avec le téléphone l'abdomen sur 180° à partir du nombril. Le logiciel en déduit la forme du ventre et sa composition.

Ces paramètres font partie de ceux qui sont considérés comme révélateurs des bonnes ou mauvaises habitudes de vie (alimentation trop riche, activité insuffisante...) auxquelles les autorités nippones prêtent une attention particulière.

C'est que 30% des dépenses médicales des Japonais découlent de traitement des maladies comme l'hypertension artérielle, le diabète et l'hyperlipidémie, liées à un mode de vie inapproprié. De fait, une modification des habitudes, encouragée par les pouvoirs publics et par les entreprises envers leurs employés, est censée aider à préserver une meilleure condition physique et réduire les coûts médicaux globaux.

Avec la même intention, Kyocera fournit un capteur à mettre dans une poche qui fait office de podomètre et analyseur de mouvements (marche, course, montée ou descente d'escalier, déplacement sur un escalator, en ascenseur, en voiture, en train, à vélo). Le tout est complété par une application de surveillance du sommeil et de diététique qui donne la valeur énergétique d'un repas sur la base d'une simple photo des plats qui le composent.

- Des puces à la place des géants -

C'est la même idée «médicale» qui est derrière le lit analyseur de paramètres corporels (température, masse, etc.) de Panasonic. Grâce à divers capteurs, les images projetées au plafond, la climatisation, le dispositif audio ou encore l'éclairage s'ajustent automatiquement en fonction du biorythme humain.

Idem pour la cuisine équipée d'appareils conseillers de menus équilibrés pour toute la famille.

Panasonic a aussi imaginé un miroir qui détecte le mauvais teint et propose un maquillage adapté au visage de chaque personne de la famille qu'il est capable de reconnaître au premier regard.

Ces nouveautés s'inscrivent dans la même lignée que les déjà nombreux podomètres et traqueurs d'activités sur le marché. Le tout représente un pan important de l'internet des objets (IoT), un ensemble d'objets connectés qui communiquent de leur propre initiative à travers des réseaux et transmettent des données sur eux-mêmes, celui qui les utilise ou l'environnement dans lequel ils se trouvent, sans instruction humaine.

Ce domaine est à priori porteur pour l'industrie électronique japonaise spécialiste des capteurs, détecteurs, transistors ou circuits intégrés. Omron présente ainsi un robot joueur de ping-pong pour illustrer la rapidité de détection de ses capteurs et Rohm une grue en papier qui vole grâce un micro-moteur ultra-léger.

Le Ceatec est même désormais dominé par les fabricants de composants en l'absence des géants des produits finis Sony, Toshiba ou Hitachi ou du pionnier de l'univers des mobiles qu'est NTT Docomo.

Sharp était en revanche présent, avec deux nouveautés: le premier écran commercial à résolution 8K (16 fois la haute-définition actuelle) destiné pour le moment aux professionnels, et un petit robot téléphone de poche qui marche, danse, parle, prend des photos et les projette au mur. «Il sera commercialisé au premier semestre 2016 au Japon pour un public adulte», a précisé l'ingénieur Kuniyuki Maruyama.