SABMiller rejette l'offre améliorée d'AB Inbev visant à créer un colosse de la bière

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L'usine de bière de Stella Artois (groupe AB InBev) en Belgique
L'usine de bière de Stella Artois (groupe AB InBev) en Belgique — Eric Lalmand BELGA

Le numéro deux mondial de la bière SABMiller a rejeté mercredi une nouvelle offre d'achat de plus de 90 milliards d'euros présentée par son rival, le numéro un AB InBev, visant à créer un mastodonte du secteur mariant la Stella Artois et la Pilsner Urquell.

SABMiller a dit non à cette troisième offre d'acquisition, améliorée, de son rival belgo-brésilien qui a mis sur le comptoir 42,15 livres sterling par action pour avaler son dauphin basé à Londres.

Cette offre valorise le capital de SABMiller à hauteur de 68 milliards de livres (un peu plus de 92 milliards d'euros) et représente un bonus de 44% par rapport au cours de clôture de l'action au soir du 14 septembre, avant la montée des rumeurs autour de cette possible opération géante, a souligné AB InBev.

Si ce mariage avait vu le jour à ce niveau, cela aurait constitué la troisième plus grosse fusion-acquisition de l'histoire, selon l'institut Dealogic, qui la place derrière deux unions dans les télécoms: Vodafone et Mannesmann en 1999, Verizon Communications et Verizon Wireless en 2013.

Mais le conseil d'administration de SABMiller a jugé que cette proposition sous-évaluait très substantiellement le brasseur néo-britannique, «sa présence sans égal» sur les marchés internationaux ainsi que ses perspectives de développement.

Les membres du conseil d'administration représentant le cigarettier Altria, premier actionnaire de SABMiller avec près de 27% des parts, n'ont toutefois pas voté pour ce rejet. Plus tôt dans la journée, le propriétaire entre autres de la marque Marlboro avait exhorté le conseil d’administration de SABMiller «à s'engager sans délai et de manière constructive avec AB InBev à se mettre d'accord sur les termes d'une offre recommandée».

Depuis sa première approche, le 16 septembre, AB InBev, basé dans la ville belge de Louvain et qui commercialise les marques de bière américaine Budweiser, mexicaine Corona et belge Stella Artois, dit avoir relevé deux fois son offre: initialement à 38 livres par action, elle est passée à 40, puis mercredi à 42,15, qui est la première des trois offres à avoir été rendue publique.

«SABMiller est le joyau de la couronne de l'industrie brassicole mondiale (...) AB InBev a besoin de SABMiller mais a formulé des propositions opportunistes et hautement conditionnelles, dont certains éléments ont été délibérément conçus pour être sans attrait aux yeux de nombre de nos actionnaires», a souligné le président de SABMiller, Jan du Plessis.

Connu en Europe pour les bières italienne Peroni, la tchèque Pilsner Urquell et néerlandaise Grolsch, SABMiller est un géant des pays émergents et notamment en Afrique (28% de son chiffre d'affaires), l'Afrique du Sud étant le pays d'origine de SAB, où il est né il y a 120 ans. Il commercialise en outre avec un partenaire local la bière chinoise Snow, la plus vendue au monde.

- Porte de l'Afrique -

Il est certain que pour AB InBev, cette alliance offrirait de grands avantages, lui ouvrant notamment la porte de l'Afrique et l'Asie. «La combinaison d'AB Inbev et SABMiller résulterait dans un brasseur vraiment mondial (...) Vu les implantations géographiques largement complémentaires et les portefeuilles de marques d'AB Inbev et SABMiller, le groupe combiné opérerait dans presque tous les marchés majeurs de la bière, y compris des régions émergentes clés avec de fortes perspectives de croissance comme l'Afrique, l'Asie, l'Amérique centrale et du sud», explique AB InBev.

En Bourse, AB InBev a terminé la journée en hausse de 0,60% à 98,65 euros, dans un marché en légère baisse à Bruxelles. Dans le même temps, SABMiller a fini en légère hausse de 0,30% à 3.633 pence à la Bourse de Londres, qui a fini en petite progression.

Un autre rapprochement a été annoncé mercredi matin dans le secteur. Le néerlandais Heineken a racheté au groupe de boissons alcoolisées Diageo des parts de sociétés pour un montant total de 696 millions d'euros, lui donnant notamment le contrôle d'un producteur jamaïcain et renforçant sa mainmise sur un brasseur malaisien.

Heineken a par ailleurs porté à 100% sa participation dans la société GAPL, qui elle-même détient une part majoritaire du brasseur malaisien GAB, producteur de marques telles que Guinness et Malta.