DuPont: départ abrupt de la PDG et abaissement des prévisions

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La PDG de DuPont Ellen Kullman, le 16 odctobre 2013 à Washington
La PDG de DuPont Ellen Kullman, le 16 odctobre 2013 à Washington — Paul Morigi GETTY IMAGES NORTH AMERICA

Le groupe de chimie américain DuPont a annoncé lundi le départ surprise de sa PDG Ellen Kullman, tout en abaissant ses prévisions de résultats annuelles et en dévoilant un nouveau plan d'économies de 1,6 milliard de dollars d'ici à fin 2017.

Mme Kullman, 59 ans, quittera ses fonctions le 16 octobre, précise le groupe, sans donner d'explications à cette annonce inattendue.

L'intérim sera assuré par un membre du conseil d'administration, Edward Breen, ancien patron du conglomérat industriel Tyco International, jusqu'à ce qu'un PDG permanent soit nommé.

«Le conseil d'administration et moi sommes convenus qu'il était temps qu'une nouvelle direction prenne les rênes», a déclaré lors d'une conférence téléphonique Ellen Kullman, une des rares femmes à avoir dirigé un grand groupe américain.

Elle n'a pas donné les raisons de son départ, s'attachant à défendre son bilan malgré de mauvaises performances financières ces derniers temps.

«Sur les sept dernières années, avec le dévouement de toute l'équipe entière, nous avons transformé cette grande entreprise en nous consacrant à notre portefeuille d'activités et à dégraisser l'organisation», a-t-elle fait valoir, répétant mot pour mot le contenu d'un communiqué de presse diffusé un peu plus tôt.

DuPont s'est refusé à répondre aux questions liées au départ de celle qui semblait être sortie renforcée de son bras de fer très médiatisé en mai avec l'influent investisseur activiste Nelson Peltz, dont elle avait bloqué, avec succès, l'entrée au sein du Conseil d'administration grâce à un vote des actionnaires.

A l'époque Ellen Kullman avait reçu une standing ovation des actionnaires et avait assuré qu'elle n'avait pas terminé son travail.

 

- L'action bondit -

 

Contacté par l'AFP, le fonds Trian Partners de Nelson Peltz, qui détient 2,72% du capital de DuPont, n'a pas souhaité faire de commentaire.

Le titre DuPont bondissait de près de 6% dans les échanges électroniques suivant la clôture de la séance à Wall Street.

Présent dans de nombreuses économies émergentes (Chine, Brésil), DuPont pâtit depuis plus d'un an de la dégradation de la conjoncture.

Pour y faire face, Ellen Kullman avait lancé sous la pression une restructuration visant à donner leur indépendance aux activités de chimie traditionnelle, qui sont regroupées depuis juillet dans une entité séparée baptisée Chemours.

Mais certains actionnaires, dont M. Peltz, ont toujours plaidé pour une scission en deux de la société, avec d'une part l'agriculture, la nutrition et la santé, et d'autre part les matériaux à hautes performances, les équipements de protection, l'électronique et la communication.

Les efforts de relance de la direction restent compromis par la passe difficile que traverse la division spécialisée dans l'agriculture, qui représente 37% du chiffre d'affaires.

Le spécialiste de la fibre synthétique Kevlar, utilisée dans la fabrication de gilets pare-balles, de pneumatiques ou dans l'industrie aérospatiale, a ainsi abaissé fortement ses prévisions annuelles lundi.

Il s'attend désormais à un bénéfice par action opérationnel annuel prévu à 2,75 dollars contre 3,10 dollars auparavant. 

Les ventes de semences de soja et de maïs, d'insecticides et herbicides réalisées dans les pays émergents pâtissent du dollar fort face aux autres devises notamment le réal brésilien, justifie DuPont.

S'y ajoute un recul de la demande affectée par la conjoncture économique mondiale morose, qui voit les agriculteurs brésiliens rogner sur leurs dépenses pour préserver leurs faibles marges, explique le groupe.

Le groupe anticipe en outre une moindre demande pour les produits phytosanitaires et des baisses de volumes de semences de soja en Amérique du Nord.

Pour contrer ces «conditions difficiles», DuPont va accélérer son programme d'économies de coûts en cours de 1,3 milliard de dollar qui sera désormais réalisé d'ici 2016 plutôt qu'en 2017.

Il promet de nouvelles coupes qui lui permettraient de réduire ses dépenses de 1,6 milliard de dollars d'ici fin 2017 mais ne dit pas si ce sera atteint par des fermetures d'usines ou des suppressions d'emplois, voire les deux. 

Le groupe de Wilmington (Delaware, est) a, en revanche, confirmé le versement indirect aux actionnaires de 4 milliards de dollars sur les années 2015 et 2016 sous la forme de rachats d'actions.