Touraine annonce un fonds d'investissement de 100 millions d'euros pour l'innovation en santé

© 2015 AFP

— 

Marisol Touraine le 24 septembre 2015 à Paris
Marisol Touraine le 24 septembre 2015 à Paris — ERIC PIERMONT AFP

La ministre de la Santé, Marisol Touraine, a annoncé lundi le lancement d'un fonds d'investissement de 100 millions d'euros pour aider les jeunes entreprises innovantes en santé, un montant qui n'est toutefois «pas à la hauteur des enjeux», selon France Biotech.

Ce fonds public, qui doit être inauguré «dans les prochaines semaines», entrera dans le cadre des Programmes d'investissements d'avenir (PIA), pilotés par le commissaire général à l'Investissement, Louis Schweitzer, a-t-on précisé au ministère, qui n'a pas donné davantage de détails dans l'immédiat.

«Les start-up françaises se heurtent malheureusement trop souvent à la +Vallée de la mort+ financière avant de parvenir à la commercialisation. Faute de capitaux suffisants, elles s'essoufflent dans une recherche permanente de financement», a déclaré Mme Touraine dans un discours prononcé à l'occasion de l'inauguration d'une start-up, Eligo Bioscience, ayant choisi de s'installer dans les locaux de l'Institut Pasteur à Paris.

Toutefois pour le président de l'association France Biotech, Pierre-Olivier Goineau, un tel fonds de 100 millions d'euros «n'est pas à la hauteur des enjeux» pour les quelque 150 start-up dans la santé qu'il faudrait financer, a-t-il dit lundi soir à l'AFP.

Selon lui le vrai sujet serait plutôt de permettre l'éclosion en France de davantage de fonds de capital-risque de stature internationale, pour pouvoir financer et développer ces jeunes entreprises: «Il faut surtout s'atteler à faire en sorte que l'argent privé revienne dans le champ de l'investissement à risque».

Les principaux groupes pharmaceutiques français, qui tenaient lundi à l'hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière le «G5 santé», un cercle de réflexion de 9 grandes entreprises du secteur, ont eux aussi émis certains bémols.

«En prenant certaines mesures de réglementation qui ne sont pas en cohérence avec l'innovation, il y a une certaine contradiction (du gouvernement) entre la volonté et les actes», a notamment estimé le PDG du groupe pharmaceutique Ipsen et du G5 santé, Marc de Garidel.

«En France ce qui marche très bien c'est aider les entreprises à innover. Ce qui marche moins bien, c'est l'accès au marché» commercial, en raison de difficultés administratives comme les négociations sur les remboursements de ces produits par l'assurance-maladie, a taclé Yves L'Epine, le directeur général de Guerbet, groupe de produits de contraste pour l'imagerie médicale.

Si le délai moyen pour réaliser un essai clinique en France est bien passé de 120 jours en 2012 à 45 aujourd'hui, cette amélioration apparente «masque en réalité des dysfonctionnements administratifs importants» et la France reste en deçà de la moyenne en Europe en la matière, a ajouté M. Goineau, de France Biotech.

Mme Touraine a également annoncé lundi la prochaine installation du comité de pilotage du plan «Médecine du futur», qui visera à favoriser des collaborations entre différents secteurs autour de la santé, pour croiser des expertises, des outils et des idées.

La ministre a, par ailleurs, annoncé l'organisation d'une journée nationale de l'innovation en santé le 23 janvier prochain à la Cité des Sciences et de l'industrie à Paris, un «grand village de l'innovation» ouvert au grand public et rassemblant les différents acteurs de la filière.