Angus Deaton, prix Nobel d'économie... du bonheur

ECONOMIE L’Américano-Britannique succède à l’économiste français Jean Tirole...

Thibaut Le Gal

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L'économiste Angus Deaton.
L'économiste Angus Deaton. — SIPA

Le prix Nobel d’économie pour Angus Deaton. L’Américano-Britannique, né le 16 octobre 1945 à Edimbourg, succède à l’économiste français Jean Tirole. Le professeur de l’université de Princeton était souvent nommé depuis de nombreuses années. Angus Deaton était endormi lorsque la sonnerie du téléphone a retenti ce lundi matin.

« A mon âge, quand on est en activité depuis longtemps, on sait que c’est une possibilité. Mais on sait aussi qu’il y a un grand nombre de personnes qui méritent le prix », a-t-il réagi.

Mesurer le bien-être individuel

Ses travaux traversent trois questions principales : Comment les consommateurs répartissent leurs dépenses, combien dans une société est consommé et épargné, et enfin comment mesurer le bien-être individuel. « Pour élaborer des politiques économiques qui promeuvent le bien-être et réduisent la pauvreté, nous devons d’abord comprendre les choix de consommation individuels. Plus que quiconque, Angus Deaton a amélioré cette compréhension », a indiqué le jury suédois.

En 2013, il sort La Grande Evasion : santé, richesse et origines de l’inégalité. Il y décrit comment l’humanité a accru son bien-être de manière spectaculaire depuis deux siècles et demi, à travers l’allongement de l’espérance de vie et le recul de certaines maladies. Mais l’économiste montrait également comment ce progrès s’était accompagné d’un creusement tout aussi impressionnant des inégalités.

Il a montré des positions iconoclastes sur l’aide au développement, estimant que les Occidentaux gâchaient des ressources à tenter de mettre l’économie des pays pauvres sur le chemin du développement qu’ils ont connu eux-mêmes.

Les variables économiques influencent le bonheur

« C’est le premier prix Nobel consacré à l’économie du bonheur », se félicite Mickaël Mangot, enseignant à l’Essec, auteur de « Heureux comme Crésus ? Leçons inattendues d’économie du bonheur » (Eyrolles, 2014). « Angus Deaton a montré notamment comment les décisions économiques des individus, leur situation micro-économique, et le contexte macro-économique influencent leur bonheur déclaré dans les enquêtes d’opinion. Il a tenté de comprendre les corrélations entre les variables économiques et celles liées au bonheur », ajoute l’économiste.

« Dans les enquêtes, il existe en gros trois dimensions du bonheur. Votre bien-être émotionnel (affect positif ou négatif au jour le jour), l’évaluation de votre vie (note donnée à froid sur les trois derniers mois par exemple), et le bien-être psychologique profond (des sentiments comme l’estime de soi, le sens de la vie…) », développe Mickaël Mangot. « Angus Deaton a montré que les différentes variables-âge, revenus, taille, croyances religieuses, etc.-avaient différents impacts sur les trois dimensions du bonheur. »

L’argent fait le bonheur… jusqu’à un certain seuil

En 2010, Angus Deaton montre avec le Prix Nobel d’économie 2002 Daniel Kahneman que l’argent fait le bonheur… au moins jusque 75.000 dollars par an (environ 58.600 euros à l’époque, soit près de 4900 euros par mois). « Passé ce seuil, ils ont remarqué que le fait de gagner davantage augmentait l’évaluation de la vie faite par les personnes interrogées, mais n’augmentait pas leur bien-être émotionnel », indique Mickaël Mangot. « La conclusion était forte : l’argent aide plus à être heureux lorsque l’on pense sa vie que lorsque l’on vit sa vie, au quotidien. »

Avec ce prix Nobel, Angus Deaton recevra comme les autres lauréats 8 millions de couronnes suédoises (860.000 euros). Une petite aide au bonheur.