Les conséquences de la chute des devises émergentes pour les consommateurs

Acheter deux ou trois bouteilles d'huile? Changer un disque dur? ...

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Un client indien à un bureau de changes, à Bangalore, dans l'Etat du Karnataka, au sud de l'Inde, le 24 août 2014
Un client indien à un bureau de changes, à Bangalore, dans l'Etat du Karnataka, au sud de l'Inde, le 24 août 2014 — Manjunath Kiran AFP

Acheter deux ou trois bouteilles d'huile? Changer un disque dur? Ouvrir un compte en dollars? Au-delà des écrans boursiers, la chute des devises des pays émergents depuis des mois face au dollar affecte la vie quotidienne des consommateurs à différents niveaux.

Les problèmes liés aux taux de change risquent d'être un des sujets abordés par les grands argentiers de la planète réunis cette semaine à Lima pour les assemblées d'automne du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, ainsi que pour une réunion du G20 Finances.

LA VIE CHERE

«Avant nous achetions trois bouteilles d'huile de cuisine (pour le mois), désormais nous n'en prenons que deux et à la fin du moins nous remplaçons par des arachides pilées», raconte Gibson Chivunda, 38 ans, employé d'un commerce d'électronique et biens d'équipement, à Lusaka. La devise de la Zambie, la kwacha, a perdu la moitié de sa valeur face au dollar depuis le début de l'année. «Les produits importés sont si chers. Les magasins changent les prix plusieurs fois par jour», témoigne ce père de famille.

Jairo Tuta, 35 ans, professeur de technologie dans un collège de Bogota, estime avoir perdu 40% de pouvoir d'achat à cause de la baisse du peso colombien, et planifie désormais ses achats de première nécessité «sur un mois».

VOYAGES, SHOPPING, INFORMATIQUE: FINIS LES EXTRAS

«Je vais aux Etats-Unis en décembre, et je n'ai pas repoussé mon voyage à cause de la hausse du dollar. Mais l'objectif a changé. Au lieu de voyager pour m'acheter des vêtements, des cosmétiques, comme je faisais avant, je voyagerai pour connaître le pays, pour me promener», explique Priscilla Rocha, juriste de 28 ans, de Rio de Janeiro.

Cette Brésilienne amatrice de shopping, confrontée à la dépréciation brutale du réal qui fait grimper le prix des produits importés comme les cosmétiques ou les parfums, explique qu'elle n'est plus allée faire les boutiques depuis un mois alors qu'auparavant «chaque semaine je m'achetais quelque chose.»

Anggrita Desyani, 25 ans, porte-parole d'une association scientifique liée au gouvernement à Jakarta, explique n'avoir pas été très affectée dans sa vie quotidienne par la baisse de la roupie, mais y réfléchit désormais à deux fois avant de gros achats.

A son père qui envisage d'acheter un disque dur d'ordinateur, elle a conseillé d'attendre: «Le prix est bien plus élevé que lorsque j'en ai acheté un moi-même, il y a quelques mois».

LES SALAIRES, LES REVENUS

M. Tuta, professeur à Bogota, donne depuis août dernier des cours particuliers pour compléter son salaire, ce qui lui prend quatre heures par jour, en plus des huit passées au collège.

Il répugne aussi à utiliser sa carte de crédit: «Il y a quelques mois j'ai du faire des travaux à la maison très coûteux et acheter des livres très chers dont j'avais besoin pour travailler. Ce sont les deux cas où j'ai utilisé la carte de crédit.»

A Lusaka, M. Chivunda explique que son salaire est révisé une fois par an: «La kwacha se déprécie mais mon salaire ne sera pas revu avant juin de l'année prochain. Cela affecte beaucoup mes revenus.»

L'EPARGNE

«Chaque mois, j'épargne 20% de mon salaire et je le change en dollars, parce que je ne sais pas si le réal va continuer à tomber ou pas», dit Mme Rocha, l'avocate brésilienne.

«Je pense ouvrir un compte en dollars, c'est sans doute la seule chose intelligente à faire. Quelques magasins ont déjà commencé à facturer en dollars», dit pour sa part M. Chivunda.