Les marchés espèrent toujours une éclaircie en fin d'année, mais l'horizon reste chargé

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La bourse de New york, le 25 août 2015
La bourse de New york, le 25 août 2015 — Spencer Platt Getty

L'ouragan de l'été a laissé des séquelles sur les marchés financiers mondiaux où la fébrilité le dispute à l'incertitude et même si l'espoir d'une éclaircie en fin d'année perdure, l'horizon reste chargé.

L'année avait pourtant commencé sous les meilleurs auspices avec un vaste programme de soutien monétaire de la Banque centrale européenne et des signaux encourageants pour l'économie mondiale.

Ce contexte a permis une envolée des cours de Bourse. Au plus haut fin avril, par exemple, Paris affichait une progression annuelle de presque 24%.

«Les marchés ont baigné dans le suroptimisme en début d'année», résume Alain Bokobza, responsable de l'allocation d’actifs chez Société Générale-CIB.

Si la Grèce avait déjà refroidi l'enthousiasme, l'estocade a été portée par la Chine, son krach boursier estival exacerbant des inquiétudes déjà présentes au sujet de son ralentissement économique et provoquant des plongeons en chaîne.

Un mois plus tard, les marchés ont en partie retrouvé leurs esprits mais la partie n'est pas encore gagnée. Et la volatilité règne toujours en maître.

La Chine, les pays émergents et les prix des matières premières restent sous pression et inquiètent le reste de la planète.

Les banques centrales en ont pris la mesure mais en l'exprimant ont aussi amplifié les doutes. Tout particulièrement la Réserve fédérale américaine lorsqu'elle a renoncé pour ces motifs à remonter ses taux directeurs en septembre. Pourtant l'économie américaine était «suffisamment en bonne santé pour le faire», note Jim Kochan, spécialiste obligataire de Wells Fargo AM.

La Fed «ne voulait pas générer davantage de volatilité sur les marchés, et de façon indirecte, c'est exactement ce qu'elle a fait», poursuit-il.

Une semaine plus tard face à des marchés plus désorientés que jamais, la présidente de la Fed a rassuré, mais sans éteindre les spéculations autour de cette échéance.

- atterrissage en douceur -

«La Fed a fait une erreur de communication en optant pour la statu quo après avoir martelé qu'elle allait remonter ses taux, car cela a créé un doute sur la santé économique américaine», observe M. Bokobza.

Or, selon lui, «si nous sommes dans une période de forte pression, car les scénarios noirs pullulent, nous ne sommes pas à la veille d'une secousse tellurique».

«Les éléments qui ont fait progresser les marchés jusqu'à l'été semblent encore là: un prix du pétrole faible qui représente un gain de pouvoir d'achat, une macroéconomie bien orientée, des banques centrales accommodantes et pour l'Europe une parité euro/dollar favorable», considère aussi Renaud Murail, un gérant boursier de Barclays Bourse.

«La baisse des prix du pétrole représente 15 à 20 milliards de gains sur la facture énergétique pour la France par exemple», relève Isabelle Enos, directrice adjointe de la gestion de B*Capital (BNP Paribas).

Et de l'avis général, la transition à l'oeuvre en Chine est saine et devrait se poursuivre sans trop de heurts.

«Les craintes existent, mais il n'y a pas d'inflation, le secteur bancaire de l'ombre a été mis sous contrôle, ils ont 3% d'excédent de compte courant», analyse M. Bokobza. «Et ils ont les moyens de mener une politique de relance», qui pourrait intervenir «d'ici la fin de l'année», complète-t-il.

«En outre, les actions chinoises ne sont quasiment pas détenues par des étrangers et ne représentent que 6% dans le patrimoine des Chinois. Il n'y a donc pas d'effet macroéconomique, comme cela serait le cas aux États-Unis», précise-t-il.

«S'il n'y a pas de crise bancaire, et nous n'en attendons pas, l’atterrissage devrait se faire en douceur», juge aussi M. Kochan.

Fort de ces éléments, les spécialistes continuent de tabler sur une fin d'année plus clémente.

Les marchés ont connu «une correction significative qui, selon nous, touche à sa fin» et «nous sommes optimistes pour l'économie» et les marchés, prévoit M. Kochan.

L'élan pourrait venir des entreprises, car «si les publications au 3e trimestre sont bonnes, souligne Mme Enos, il n'y a pas de raisons qu'il n'y ait pas de rebond des indices».