La Poste: «La transition numérique était indispensable pour assurer sa pérennité»

INTERVIEW CROISEE « 20 minutes » a interrogé deux experts au sujet du virage numérique de La Poste…

Delphine Bancaud

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Le logo de  La poste. Paris. 03/02/2015. Credit:CHAMUSSY/SIPA
Le logo de La poste. Paris. 03/02/2015. Credit:CHAMUSSY/SIPA — SIPA

Confrontée à une érosion régulière de son cœur de métier, l’activité courrier, La Poste mise désormais sur le numérique. Elle a présenté ce mercredi un panel de nouveaux services. 20 Minutes a demandé à deux experts d’analyser sa stratégie.

La Poste est-elle obligée de diversifier ses activités ?

« Oui, car comme de nombreuses entreprises, elle doit transférer une partie de ses activités papier sur le numérique. Elle demeure une entreprise de services aux particuliers et aux entreprises, mais avec une offre élargie », estime Catherine Malaval, historienne et auteur de La Poste au pied de la lettre*. Un avis partagé par Cyril Bouquet, professeur en stratégie et innovation à l’IMD : « La transition numérique était indispensable pour assurer la pérennité de l’entreprise. ».

Parmi les nouveaux services que La Poste a annoncés hier, quels sont ceux qui pourraient vraiment séduire les clients ?

« L’envoi de paquets en les déposant dans sa boîte aux lettres et le coffre-fort numérique intelligent sont des services qui répondent bien aux besoins des clients pressés et qui restent cohérents avec l’histoire de La poste. Ils s’inscrivent dans son ambition de simplifier la vie des gens », estime Cyril Bouquet. « De plus, concernant le coffre-fort numérique, La Poste va pouvoir jouer sur son image d’opérateur de confiance pour inciter les clients à lui confier leurs données », ajoute Catherine Malaval.

En lançant de nouvelles expérimentations tous azimuts La Poste ne risque-t-elle pas de brouiller son image auprès de ses clients ?

« Je ne pense pas car ses nouveaux services montrent que c’est une entreprise capable d’évoluer avec son époque. Mais son métier qui est de développer l’échange de données entre les personnes ou les entreprises, reste le même », estime Catherine Malaval. Cyril Bouquet est du même avis : « la notion de service public évolue avec le temps et La Poste se doit d’interagir avec son marché, en proposant des services innovants, même si tous ne marcheront pas forcément », explique-t-il

Les postiers vont à nouveau voir leur métier changé. Cela ne risque-t-il pas de créer de nouveaux risques psychosociaux ?

« La direction de l’entreprise a essayé de comprendre la douleur sociale lorsqu’elle a traversé une période où le climat était délétère. Désormais, elle mise sur l’accompagnement en douceur des salariés pour les faire évoluer », affirme Cyril Bouquet. Même optimisme chez Catherine Malaval : « La Poste est une entreprise où le capital humain est important, car la majorité de ses salariés y demeurent pendant toute leur carrière. Cela suppose un vrai accompagnement du changement de sa part », déclare-t-elle.

La Poste à 200.000 salariés. Avec ce virage numérique sera-t-elle contrainte de réduire ses effectifs ?

« Difficile de le dire, même s’il est probable que certains emplois disparaissent avec le temps. Mais ce qui est sûr c’est que ses nouvelles activités vont permettre d’en sauver », affirme Cyril Bouquet. « La Poste aura toujours besoin d’avoir des agents disséminés aux quatre coins de la France pour répondre aux besoins de ses clients », ajoute Catherine Malaval.

 

* La Poste au pied de la lettre*, paru en 2010 chez Fayard..