Japon: Un «French Tech Hub» pour aider les entrepreneurs à décoder le marché nippon

JAPON Ce troisième «hub» mondial, après ceux de New York et Tel-Aviv, veut aider les start-ups françaises à se développer dans l'archipel japonais...

A Tokyo, Mathias Cena

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Des «salarymen» japonais reflétés dans une vitrine à Tokyo.
Des «salarymen» japonais reflétés dans une vitrine à Tokyo. — Koji Sasahara/AP/SIPA

Ils veulent tenter leur chance au Japon, en y apportant la « French touch ». Mais les entrepreneurs français du secteur technologique qui se lancent dans l’archipel nippon sont confrontés à un marché aussi prometteur que difficile à aborder pour les étrangers. Pour les aider dans leur développement, le « French Tech Hub » de Tokyo a été inauguré lundi par le ministre de l’Economie Emmanuel Macron, après ceux de New York et Tel-Aviv.

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Une cinquantaine d’entrepreneurs français seraient aujourd’hui établis au Japon dans les technologies, auxquels s’ajouteraient « une centaine de sociétés du numérique représentées ou implantées localement », mais originaires de l’Hexagone, selon les chiffres officiels. Un nombre insuffisant, pour Jean-Dominique François, qui coordonne le Hub de Tokyo.

« La France est sous-représentée par rapport à nos voisins européens », regrette-t-il. Le Japon, pourtant terre d’innovation, « n’est jamais dans le plan stratégique des entreprises technologiques françaises. Elles veulent aller aux Etats-Unis, point à la ligne. »

Des consommateurs « plus exigeants sur le service »

L’Amérique du Nord est effectivement « notre plus gros marché », concède Lucie Broto, responsable marketing de Withings, un fabricant français spécialisé dans la santé connectée. L’entreprise est cependant présente sur le marché japonais depuis cinq ans avec une « balance intelligente » qui collecte diverses informations, de la masse corporelle à la qualité de l’air, centralisées par une application. Withings a également lancé dans l’Archipel sa montre « Activité », un accessoire fabriqué en Suisse qui veut se démarquer des autres bracelets connectés en proposant avec son bracelet en cuir l’apparence d’une montre classique, à laquelle elle ajoute des fonctions de « tracking ».

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Sur le marché japonais, cette « approche innovante à la française nous différencie », juge Lucie Broto. Selon elle, les consommateurs nippons « sont très sensibles au design », et plus exigeants sur le service. « Nous avons dû nous adapter car ici on nous demande davantage de détails, sur la technologie ou la compatibilité », poursuit-elle.

« Prendre des risques », quitte à échouer

Après une séance de « pitch » d’une vingtaine de start-up venues présenter leur technologie, Emmanuel Macron a invité les entrepreneurs à « prendre des risques », quitte à échouer, sur ce marché « formidable pour ceux qui innovent ». Les innovations sont particulièrement nombreuses du côté des objets connectés, qu’il s’agisse de bracelets, de vitres ou de textile, comme le T-shirt bardé de technologies et entièrement lavable de la société Cityzen Sciences. Partenaire des équipementiers japonais Asics et Goldwin, elle développe avec ce dernier un maillot de rugby capable de mesurer en temps réel une dizaine de paramètres sur tous les membres d’une équipe.

Le Japon, à la population vieillissante, est aussi un marché tentant pour les entrepreneurs de la « silver économie ». « La culture locale attache beaucoup d’importance aux aînés », note Ramzi Larbi, directeur général de l’entreprise C2S, qui a mis au point un capteur optique capable de détecter les chutes des personnes âgées. Déjà implanté dans des maisons de retraite en France et en Europe, il recherche des partenaires pour lancer au Japon sa technologie, qui ne nécessite pas de porter d’accessoire sur soi.

Quel que soit le type de technologie ou de service proposé, tous ces entrepreneurs auront cependant besoin d’une arme commune : la patience. « Faut pas être pressé, faut pas être pressant, faut pas être impatient », résume Jean-Luc Errant, le président de Cityzen Sciences, qui se souvient avoir mis plusieurs années avant d’arriver à un quelconque succès commercial avec ses textiles connectés.