L'économie collaborative, nouvelle frontière des assureurs

Le boom de l'économie collaborative crée de nouvelles opportunités pour les assureurs: face à une demande très forte, ils multiplient les alliances qui constituent davantage un pari sur l'avenir qu'une nouvelle source de revenus.

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Le controversé Uber (réservation de voitures avec chauffeur) s'est allié en janvier à Allianz France qui lui fournit l'assurance automobile et de responsabilité civile de ses chauffeurs
Le controversé Uber (réservation de voitures avec chauffeur) s'est allié en janvier à Allianz France qui lui fournit l'assurance automobile et de responsabilité civile de ses chauffeurs — Christof Stache AFP

Le boom de l'économie collaborative crée de nouvelles opportunités pour les assureurs: face à une demande très forte, ils multiplient les alliances qui constituent davantage un pari sur l'avenir qu'une nouvelle source de revenus.

«Il y a quatre grands secteurs qui se transforment avec l'économie collaborative: le transport, le tourisme, le commerce et le financement. Ces transformations induisent de nouveaux besoins pour l'assurance», explique Pauline Adam-Kalfon, spécialiste de l'assurance chez PwC.

La plupart des alliances se situent dans les transports, avec des acteurs du covoiturage ou de la location de voitures entre particuliers: Axa avec BlaBlaCar, Generali avec Ouicar, Maif avec Koolicar, Macif avec Deways...presque chaque assureur dispose de son partenariat.

Le controversé Uber (réservation de voitures avec chauffeur) s'est allié en janvier à Allianz France qui lui fournit l'assurance automobile et de responsabilité civile de ses chauffeurs.

Pour l'assureur, ce partenariat s'inscrit dans une volonté «d'accompagner les nouveaux modes de mobilité». C'est également lui qui assure les utilisateurs de Drivy, service de location de voitures entre particuliers: en cas de vol ou de dommage, Allianz se substitue à l'assurance du propriétaire de l'automobile.

De son côté, le français Axa a conçu pour le site de covoiturage BlaBlaCar une assurance complémentaire qui propose, dans le cadre d'un partenariat annoncé en mai, un service de garantie d'arrivée à destination ainsi que le remboursement d'une «sur-franchise» si le conducteur passe le volant à un de ses passagers en cours de trajet.

«Notre ambition est de devenir l'un des assureurs leaders de l'économie collaborative et ce partenariat représente donc une étape stratégique», selon Frédéric Tardy, directeur du marketing et de la distribution d'Axa.

BlaBlaCar est également lié à l'assureur mutualiste Maif, qui a placé l'économie collaborative au cœur de son plan stratégique et passé nombre de partenariats dans le secteur. Le mutualiste a également monté un fonds, doté de 125 millions d'euros jusqu'en 2018, qui a notamment vocation à investir dans le secteur.

«Avec le précédent +d'ubérisation+ de l'économie, les entreprises de l'ancienne économie ont forcément les yeux rivés sur ce secteur», expliquait avant l'été Pascal Demurger, directeur général de la Maif.

- Un pari pour l'avenir -

«Le but, c'est aussi d'apprendre le comportement des clients et de pouvoir tester de nouveaux produits d'assurance. Avec ces nouveaux modes de consommation, la grande question qui se pose c'est: faut-il continuer à rattacher l'assurance à l'objet ou bien faut-il réfléchir à de nouveaux produits liés à l'usage?», analyse Pauline Adam-Kalfon.

Les acteurs de l'économie collaborative y trouvent également leur compte car pouvoir proposer une assurance est un gage de sérieux de nature à rassurer les utilisateurs.

Avec sa croissance vertigineuse et quelques cas retentissants de dégradations chez des clients utilisant son service, le site de location de logement entre particuliers Airbnb a dû, quelques années après sa création, proposer aux utilisateurs une assurance, d'abord aux Etats-Unis, ensuite en Europe.

«Au départ, ce sont plutôt les plateformes qui sont allées chercher les assureurs mais on observe de plus en plus le phénomène inverse», raconte Pauline Adam-Kalfon, ajoutant que si ces partenariats n'étaient pour l'instant pas lucratifs, ils pourraient le devenir dans les années à venir.

Des pans de cette nouvelle économie, comme la finance participative, rencontrent toutefois encore quelques difficultés avec les assureurs.

Le fondateur de Finsquare, site de crowdfunding spécialisé dans les prêts aux PME, seul dans son secteur à assurer une partie de la mise des internautes, a confié à l'AFP avoir peiné à trouver un assureur, ce qui l'a poussé à recourir à un courtier.

«Tout l'enjeu, c'est de monter les partenariats avec la bonne plateforme. A chaque fois c'est un pari car il y a énormément de sites qui se créent. Dedans il y aura peut-être le Facebook des prochaines années mais en même temps, certains fermeront dans quelques mois», résume Mme Adam-Kalfon.