EON: revirement stratégique sur fond de bras de fer avec Berlin sur le nucléaire

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Le PDG d'EON, Johannes Teyssen, lors d'une conférence de presse à Düsseldorf, Allemagne, le 11 mars 2015
Le PDG d'EON, Johannes Teyssen, lors d'une conférence de presse à Düsseldorf, Allemagne, le 11 mars 2015 — Marius Becker DPA

Sur fond de bras de fer avec Berlin sur la gestion de l'héritage nucléaire, le géant de l'énergie EON a revu son plan de bataille pour faire face à la transition énergétique, qui continue à lui coûter des milliards.

Le groupe a redéfini les contours de sa grande transformation, selon un communiqué publié tard mercredi soir. Ses activités nucléaires resteront finalement dans son giron, au lieu d'être regroupées avec le reste de la production classique d'électricité (gaz et charbon) dans une entité séparée qui sera scindée l'an prochain.

EON réagit ainsi aux projets du gouvernement de légiférer pour s'assurer que les opérateurs nucléaires restent seuls à prendre en charge les coûts de démantèlement de leurs réacteurs, même en cas de changement de propriétaire.

Cette loi, prévue pour passer en conseil des ministres le 23 septembre, crée «une énorme incertitude sur le nucléaire», a expliqué jeudi lors d'une conférence téléphonique le patron d'EON, Johannes Teyssen.

EON est propriétaire de neuf réacteurs atomiques dont six sont déjà à l'arrêt, les autres devant l'un après l'autre cesser leur activité d'ici 2022, conformément à l'abandon du nucléaire décidé par l'Allemagne.

Le ministre de l'Economie Sigmar Gabriel craint que les provisions constituées par les énergéticiens pour le démantèlement des centrales - environ 38 milliards d'euros à eux quatre (EON, RWE, Vattenfall, EnBW) - ne suffisent pas à la tâche. Il veut absolument éviter que les opérateurs ne se défaussent sur le contribuable.

- pas le temps -

Le texte en préparation reviendrait à donner à EON, pour la fin des temps, la responsabilité financière du démantèlement des centrales, y compris l'épineuse question du traitement des déchets, alors que le groupe n'aurait plus le contrôle opérationnel de cette activité.

«Nous ne pouvons pas prendre cette responsabilité», a avancé M. Teyssen. Et porter plainte contre cette loi n'est pas une option non plus, «car cela demande du temps, que nous n'avons pas».

De nouvelles charges en milliards d'euros annoncées elles aussi mercredi montrent à quel point le temps presse pour le groupe en pleine redéfinition.

Le troisième trimestre (juillet-septembre) verra de nouvelles dépréciations dans les comptes d'EON d'un montant «élevé à un chiffre en milliards», soit plus de 5 mais moins de 10 milliards d'euros. Ces charges résultent d'«hypothèses actualisées sur l'évolution des prix de l'électricité et des énergies primaires», selon un communiqué.

Les prix de gros du courant sont au plus bas en Europe, entre autres à cause des ratés du système européen d'échange d'émissions de droits à polluer. Dans cet environnement peu porteur, les centrales au gaz et au charbon d'EON, mises en concurrence avec les renouvelables subventionnés partout en Europe, perdent de l'argent.

En conséquence du nouvel ajustement à la baisse de la valeur de ses actifs, EON va subir cette année une perte nette «considérable», prévient-il. Elle sera vraisemblablement plus élevée encore que celle de l'an dernier, déjà abyssale à 3,2 milliards d'euros, a laissé entendre M. Teyssen. Les prévisions de résultat d'exploitation restent inchangées, en baisse par rapport à l'an dernier.

- Parade contrariée -

EON est dans le même bateau que ses concurrents européens, son compatriote RWE, le suédois Vattenfall ou encore le français Engie (ex-GDF Suez), tous à la peine.

Le numéro un allemand avait apparemment trouvé la parade avec sa scission, stratégie audacieuse annoncée en automne dernier et qui doit être effective l'an prochain. Elle doit concentrer EON sur les activités porteuses que sont les renouvelables, les réseaux et les solutions et services autour de l'énergie.

La génération fossile et le négoce d'énergie, sérieusement mis à mal par la réinvention du paysage énergétique européen, doivent être regroupés dans une entreprise séparée, bouquet de «vieilles» activités baptisé Uniper, dont EON ne conservera qu'une partie.

Selon le plan initial, le nucléaire devait faire partie d'Uniper.

Jeudi le redécoupage passait mal auprès des investisseurs. «Les charges liées au nucléaire diminuent l'attrait du +nouveau EON+» comme investissement, commentait Michael Schäfer, analyste du courtier Equinet. A Francfort l'action chutait de 4,60% à 9,22 euros à 10H10 GMT, en queue de Dax.