Les conseils étonnants du patron de Ryan Air pour sauver Air France

AVIATION Larguer KLM, vendre 25% du capital à une compagnie du Golfe et augmenter les pilotes, voici les solutions pour sortir Air France de la crise selon Michael O'Leary...

L.C.

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Micheal O'Leary, le patron de la compagnie aérienne Ryan Air.
Micheal O'Leary, le patron de la compagnie aérienne Ryan Air. — MISTRULLI LUIGI/SIPA

Aux grands maux, les grands remèdes ? Dans une interview à La Tribune, Michael O’Leary, le patron de la compagnie aérienne Ryan Air, livre mercredi quelques conseils décoiffants à Air France. La compagnie française est dans une mauvaise passe, en pleine négociation difficile d’un plan de sauvetage.

Le PDG de Ryan Air prédit que « Lufthansa, British Airways et Air France vont être obligées de changer de modèle ». Dans Les Echos, il affirme en outre que sa compagnie valorisée à plus de 17 milliards d’euros en Bourse, pourrait se permettre de racheter Air France-KLM, qui pèse un peu moins de 2 milliards d’euros. Pour sortir de l’impasse, voici la leçon de stratégie de Micheal O’Leary.

Conseil n°1 : Faire entrer une compagnie du Golfe au capital

C’est le premier conseil de Michael O’Leary, qui reconnaît qu’« Alexandre de Juniac [le PDG d’Air France-KLM] fait un bon travail dans des circonstances difficiles ». Pour le patron de Ryan Air, Air France devrait vendre 25 % de son capital à une compagnie aérienne du Golfe, « Etihad ou Emirates ». Il faut selon lui « diluer l’Etat français dans le capital qui est un frein pour restructurer les contrats de travail ».

Conseil n°2 : Adieu KLM !

« Débarrassez-vous de KLM », lâche le patron de Ryan Air, qui conseille de vendre la compagnie aérienne nationale néerlandaise qui a fusionné avec Air France en 2004 pour former l’alliance Air France-KLM. KLM « n’apporte aucun support utile au hub de Roissy d’Air France », tranche Michael O’Leary.

Conseil n°3 Coopérer avec les compagnies low-cost

C’est peut-être le conseil le plus corrosif de Micheal O’Leary, qui propose que sa compagnie ou son concurrent Easyjet opèrent des vols pour le compte d’Air France, « sur des lignes d’Air France et avec des numéros de vols Air France ». Pourquoi ? « Nos coûts sont inférieurs. Dans une telle coopération, Air France pourrait nous payer 50 euros le siège pour que nous opérions telle ou telle route de son réseau ».

Ryan Air pourrait opérer quatre vols Marseille-Roissy par jour selon le PDG. Cette coopération ne pourrait se faire que sur une faible partie de l’activité et elle impliquerait la suppression de milliers de postes chez Air France. Selon le patron de Ryan Air, cette perspective donnerait un atout à la direction lors des négociations avec les syndicats. « Air France pourrait dire à ses syndicats : négocions des réformes pour augmenter la productivité ou donnons plus de vols à Ryanair, Transavia ou Easyjet. A vous syndicats de décider ».

Conseil n°4 : Augmenter (un peu) les pilotes

C’est le conseil le plus surprenant venant du pourfendeur des pratiques tarifaires traditionnelles des compagnies aériennes. « Air France fait aujourd’hui face à de vrais défis et a besoin de se réformer. Mais je pense que l’entreprise fait peut être erreur en demandant aux pilotes plus de productivité pour le même salaire. Peut-être qu’il faudrait un peu augmenter les salaires des pilotes pour qu’ils acceptent de voler plus longtemps », a-t-il déclaré sur France Info.

Mais Michael O’Leary livre ses conseils sans trop d’espoir. « Je pense que les politiques bloqueront toute restructuration d’Air France au moins jusqu’aux prochaines élections », confie-t-il à La Tribune, avant de prévenir : « Air France ne peut survivre en continuant comme elle le fait aujourd’hui ».