Banques: Vivrons-nous bientôt dans un pays sans agence?

ARGENT Près de 2.000 agences bancaires ont disparu en sept ans dans le pays...

Céline Boff

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Une agence de la Société Générale sur les Champs-Elysées, à Paris, le 25 janvier 2015.
Une agence de la Société Générale sur les Champs-Elysées, à Paris, le 25 janvier 2015. — K. Krystof/AP/SIPA

La Société générale envisage de fermer 400 agences en France en moins de cinq ans. Soit presque 20 % de son réseau. Si la décision n’est pas encore officielle, elle suscite la colère de Serge Maître, secrétaire général de l’Association française des usagers des banques : « Je me demande comment elle peut l’envisager alors qu’elle a réalisé au premier semestre 2015 un PNB [chiffre d’affaires] en hausse de 14 % et des bénéfices en progression de 78 % ! ».

Pour l’économiste Philippe Crevel en revanche, « le recul du chèque et la digitalisation de l’activité bancaire ont entraîné une baisse de la fréquentation des agences de 25 % en cinq ans. Il est normal que des points de vente ferment et il n’est pas étonnant que la Société générale – la banque la plus fragile en France – ouvre le bal ».

20 à 30 % des agences devraient fermer

Le mouvement est d’ailleurs largement engagé. Entre 2006 et 2013, près de 2.000 agences ont fermé leurs portes en France, d’après les données de la Banque de France. Ce n’est pas une exception française : dans le même temps, 20.000 points de vente ont disparu en Europe et les experts s’attendent à la fermeture de 20 à 30 % des agences dans la prochaine décennie.

« Les banques ne savent plus comment utiliser leurs espaces de vente, certaines en viennent à vendre de la téléphonie, d’autres, des voitures », insiste Philippe Crevel, qui rappelle que « les banques directes séduisent de plus en plus de clients ». En effet, près de 6 % des Français auraient déjà quitté les réseaux traditionnels pour rejoindre les banques en ligne telles que ING Direct, Boursorama ou encore Hello bank. « Et cette proportion va s’accroître », assure l’économiste.

Mais pour Serge Maître, « les banques font tout pour provoquer les changements de pratiques de leurs clients, en dirigeant ces derniers, parfois avec autoritarisme, vers leurs sites Internet et leurs guichets automatiques. Sur le terrain, j’entends la volonté des citoyens d’être au contact de leur banquier ». Si l’on en croit l’Observatoire 2015 de l’image des banques, 60 % des Français souhaitent en effet être suivis par un conseiller attitré, soit une hausse de +5 points en un an.

Des emplois en moins et des frais en plus pour les clients

Si une France sans agence bancaire relève encore de la science-fiction, deux sujets font polémiques dans ce contexte de fermeture de points de vente. Primo, la généralisation des frais de tenue de compte. D’après l’association Consommation, logement et cadre de vie (CLCV), les trois quarts des banques facturent désormais de tels frais. « La Société générale elle-même annonce la création de frais de tenue de compte de 2 euros par mois à partir du 1er janvier 2016 », s’insurge Serge Maître.

Autre débat : l’emploi. FO Banques se demande si le secteur bancaire, marqué par les plans sociaux, ne deviendra pas « la sidérurgie des années 2010-2020 ». A la Société générale en tout cas, si 420 suppressions de postes sont déjà actées, 3.000 autres pourraient disparaître dans les cinq ans. Et ce, alors que cette banque touche le Crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) – soit 38 millions d’euros pour la seule année 2015, d’après le Syndicat national de la banque.