Tempête estivale sur les marchés: un zeste d'incertitude et une pointe d'excès

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Tableau des marchés Kuala Lumpur en Malaisie, le 7 janvier 2015
Tableau des marchés Kuala Lumpur en Malaisie, le 7 janvier 2015 — Mohd Rasfan AFP

Pris de vertige, les marchés financiers ont mis brutalement fin à l'euphorie du début d'année en se heurtant, non sans excès, au ralentissement chinois, bien réel mais moins inquiétant qu'il n'y paraît selon certains analystes.

Des actions aux matières premières, pics et creux se sont succédés cet été sur les places financières avec une brutalité qui n'est pas sans rappeler les heures les plus sombres de la crise de 2008.

«Le fait que cela se soit produit au mois d'août, avec beaucoup d'investisseurs absents, n'a fait qu'alimenter le phénomène», souligne Xavier de Villepion, un vendeur d'actions chez HPC.

Pourtant, les causes de ces épisodes de forte volatilité qui confinent à l'irrationalité ne sont pas à aller chercher du côté d'un éventuel «risque systémique», souligne Renaud Murail, un gérant de Barclays Bourse.

Le stress n'est pas non plus le même qu'en «2011-2012», au plus fort de la crise de la dette souveraine en zone euro, ajoute-t-il.

Les investisseurs ont-ils perdu leur boussole ou cherchaient-ils une excuse pour empocher les gains engrangés depuis le début de l'année ?

«La forte volatilité montre que les marchés jouent à se faire peur», estime pour sa part un courtier souhaitant conserver l'anonymat.

Ils sont d'autant plus fébriles que cet épisode chinois est intervenu à quelques semaines d'une réunion cruciale de la banque centrale américaine (Fed) qui pourrait décider de relever ses taux directeurs, mettant ainsi fin à des années de politique monétaire accommodante.

Tout en s'y préparant de longue date, les investisseurs redoutent ce changement de cap et sont encore dans le flou quant au calendrier que choisira la Fed pour agir.

Selon Fabien Laurenceau, un stratégiste du courtier Aurel BGC, ce chapitre chinois a donc servi de «prétexte» aux marchés financiers européens et américains, «très bien orientés depuis le début de l'année», pour corriger avant cette échéance redoutée.

- Le ralentissement chinois pas nouveau -

«On a un peu le sentiment qu'il y surréaction du marché», le coup de frein de l'économie chinoise n'étant pas un élément fondamentalement «nouveau», ajoute M. Murail.

La transition opérée par le gouvernement chinois pour amener son économie vers un modèle plus durable, davantage porté sur la consommation et les services après des années de croissance à deux chiffres, a brutalement sorti les investisseurs de la torpeur estivale.

Le pays, qui représente 13% du PIB mondial, reste un moteur pour l'économie globale, toujours fragile depuis la crise financière de 2008.

Mais les conséquences d'une moindre croissance en Chine sont encore difficilement mesurables.

«A ce stade, il est quand même extrêmement difficile de savoir réellement ce qu'il se passe en Chine et les impacts que cela pourrait avoir sur les différents secteurs ou sur les zones géographiques», affirme M. Murail.

Même si, note-t-il, certains secteurs comme l'automobile, notamment en Allemagne, montrent des signes de fragilités, comme l'atteste la révision à la baisse des objectifs de Volkswagen par exemple.

Ces éléments ne suffisent cependant pas à remettre en cause un scénario de reprise graduelle à travers le monde, avec, pour M. Murail, «un noyau dur de croissance en Europe et aux Etats-Unis pas forcément remis en cause aujourd'hui».

Pour le courtier souhaitant conserver l'anonymat, «s'il y avait de vraies craintes sur la croissance mondiale, les indices baisseraient plus violemment et sans parvenir à rebondir».