Fissures, sabotage et nouvel arrêt: le parc nucléaire belge se réduit comme peau de chagrin

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La centrale belge de Tihange, le 20 août 2014
La centrale belge de Tihange, le 20 août 2014 — Eric Lalmand BELGA

L'arrêt jeudi d'un nouveau réacteur nucléaire en Belgique est le dernier épisode d'une série noire pour le parc nucléaire du pays, dont seulement deux des sept réacteurs fonctionnent désormais.

L'arrêt inattendu du réacteur 3 de la centrale de Tihange, jeudi vers 01H00 du matin (23H00 GMT mercredi), au cours d'une opération de maintenance, semble lié à «un incident technique qui n'a rien d'exceptionnel», a commenté une porte-parole de l'Autorité fédérale pour le contrôle nucléaire (AFCN), Nele Scheerlinck.

Mais c'est un nouveau coup dur pour l'exploitant Electrabel, filiale du groupe français Engie (ex GDF Suez), car il réduit à deux le nombre de réacteurs actuellement en fonctionnement en Belgique alors que l'atome est censé fournir 55% de l'énergie consommée.

La centrale de Tihange (trois réacteurs) est désormais totalement à l'arrêt, et à Doel près d'Anvers (nord), l'autre centrale de Belgique, seulement deux des quatre réacteurs tournent, ne produisant que 1.400 mégawatts. En plein régime, la Belgique devrait pouvoir fournir 5.700 megawatts en énergie nucléaire.

Electrabel envisage «à ce stade» de redémarrer Tihange 3 dans la nuit de vendredi à samedi, selon un communiqué.

«Il n'y a jamais eu de danger pour les environs, les employés ou la centrale» et «il n'y a pas de soucis pour la sécurité d'approvisionnement en Belgique, car on dispose d'un parc de production diversifié», a assuré une porte-parole, Geetha Keyaert, à l'AFP.

Mais les résultats financiers d'Engie souffrent des problèmes rencontrés par le parc nucléaire belge, au point que plusieurs médias lui ont prêté fin juin l'intention de sortir du capital d'Electrabel par le biais d'une introduction en Bourse.

Son PDG, Gérard Mestrallet, a répondu que «la question ne peut être à l'ordre du jour aujourd'hui, puisque sur le nucléaire en Belgique, nous avons quelques petits sujets importants préalables» à régler.

L'activité d'Engie est plombée par l'arrêt depuis plus de quinze mois de deux réacteurs, Doel 3 et Tihange 2, après la découverte de milliers de fissures dans leurs cuves à l'été 2012, en vue de réaliser des tests supplémentaires.

Engie a calculé que leur «non fonctionnement» privait son résultat net d'environ 40 millions d'euros par mois.

Le redémarrage de ces deux réacteurs est attendu au plus tôt en novembre, mais il est conditionné à un avis de l'AFCN, qui consulte depuis plusieurs mois des experts indépendants dans le monde entier et pourrait très bien demander une nouvelle batterie de tests.

-'Sabotage'-

La centrale de Tihange avait déjà fait parler d'elle la semaine dernière, lorsque le gendarme belge du nucléaire avait épinglé Electrabel pour «une répétition d'incidents» sans gravité «liés au non respect des procédures techniques», révélant une certaine nonchalance, voire une négligence de certains employés par rapport aux très stricts processus dans ce domaine hautement sensible.

L'AFCN a communiqué à la justice trois cas d'infractions aux procédures, retiré leur habilitation à travailler sur le site à quatre employés et enjoint Electrabel de proposer une nouvelle formation aux règles de sûreté aux 1.000 personnes travaillant sur le site.

L'arrêt non programmé de Tihange 3 survient un an après le sabotage d'un des réacteurs de Doel, le 5 août 2014, qui a entraîné une importante fuite d'huile de graissage --65.000 litres en une demi-heure-- et grièvement endommagé la turbine à vapeur.

Le parquet fédéral, saisi de la plainte contre X déposée par Electrabel, n'exclut aucune piste. Selon les médias, les enquêteurs vont soumettre une quarantaine d'employés du site au détecteur de mensonge alors que plusieurs manipulations volontaires de boîtiers et cadenas ont été constatées.

Ce n'est qu'en décembre 2014, et après une réparation ayant coûté 30 millions d'euros, que le quatrième réacteur de la centrale a pu redémarrer.

A l'automne, afin de prévenir tout risque de «black-out» en raison de la pénurie, le gouvernement et Elia, le gestionnaire du réseau électrique, avaient élaboré un plan de délestages, notamment en cas de grand froid l'hiver.

En outre, opérant un revirement par rapport à un programme de sortie progressive du nucléaire entre 2015 et 2025, le nouveau gouvernement de droite dirigé par le libéral Charles Michel a décidé de prolonger de dix ans la durée de vie de trois réacteurs. Deux d'entre eux sont toutefois à l'arrêt en attendant que l'AFCN donne son aval.