Volkswagen: Le «dieselgate» peut-il couler le géant allemand de l'automobile?

AUTOMOBILE Les révélations sur la tricherie antipollution du constructeur allemand ont déjà un impact sur la valorisation boursière du groupe...

Laure Cometti

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Michael Horn, patron de Volkswagen USA, a reconnu le 22 septembre 2015 que l'entreprise avait  "complètement merdé.
Michael Horn, patron de Volkswagen USA, a reconnu le 22 septembre 2015 que l'entreprise avait "complètement merdé. — Kevin Hagen/AP/SIPA

Onze millions de véhicules dans le monde. Le scandale Volkswagen, cantonné jusqu’à lundi à 500.000 voitures vendues aux Etats-Unis, a pris ce mardi une ampleur inattendue. Dans un communiqué, le groupe automobile a révélé que 11 millions de ses véhicules (des marques Volkswagen, mais aussi Audi, Skoda) étaient équipés du programme informatique permettant de tricher lors des tests antipollution. Le constructeur allemand risque de perdre beaucoup d’argent et de clients. Peut-il sortir indemne de cette crise ?

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Des amendes potentiellement colossales

« L’impact financier sera considérable, mais il est très difficile à quantifier à ce jour », souligne Flavien Neuvy, responsable de l’Observatoire Cetelem de l’automobile. Il y a en effet plusieurs types de dépenses à anticiper : les pénalités financières qui vont être infligées au groupe, le coût du rappel des véhicules incriminés et celui de la suspension des ventes de véhicules diesel aux Etats-Unis (20 % des ventes du groupe), sans compter qu’une « class action » (une action de groupe en justice) pourrait être initiée par les clients Volkswagen aux Etats-Unis. Enfin, le groupe risque de voir ses ventes reculer, son image ayant été sérieusement écornée auprès du grand public.

Pour faire face au scandale provoqué par sa supercherie, le groupe a d’ores et déjà comptabilisé 6,5 milliards d’euros de provisions dans ses comptes du troisième trimestre 2015. Mais cette somme suffira-t-elle ? Aux Etats-Unis, le montant maximal de l’amende encourue pour les 482 000 voitures incriminées est de 18 milliards de dollars (16 milliards d’euros).

Et le scandale fait tache d’huile : la Corée du Sud a demandé des comptes au constructeur dès lundi. Si la Commission européenne a jugé ce mardi « prématurées » des « mesures de surveillance immédiates » en Europe, l’Italie et la France ont annoncé pour leur part l’ouverture d’enquêtes nationales.

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« Tous les pays où les 11 millions de véhicules incriminés sont commercialisés vont vouloir faire des vérifications demander des comptes à Volkswagen, c’est un puits sans fonds », observe Eric Saint Frison, consultant automobile et directeur de l’innovation à L’Argus.

Le groupe a perdu deux tiers de sa valeur boursière

Sans compter l’énorme impact sur la valorisation boursière du groupe. En deux jours, Volkswagen a perdu deux tiers de sa valeur en Bourse, soit près de 27 milliards d’euros. Et cette chute pourrait se prolonger : « une période d’incertitude s’ouvre pour le groupe », insiste Flavien Neuvy.

Ce scandale aura aussi des répercussions à plus long terme sur l’image de Volkswagen auprès des consommateurs. « L’effet sur l’image de la marque et la réputation du groupe est dévastateur », commente Eric Saint Frison. « Volkswagen est admiré pour ses performances industrielles et financières, le groupe a réalisé 11 milliards d’euros de profits en 2014. Mais on se rend compte aujourd’hui que le mythe est bien éloigné de la réalité et que le colosse a un talon d’Achille », juge le consultant automobile.

Un « mythe » déchu de son piédestal

Volkswagen pourra-t-il survivre à cette crise dévastatrice pour l’image de la marque ? La direction du groupe a rapidement opté pour un mea culpa, dès dimanche, avant de prendre les devants ce mardi en annonçant elle-même l’étendue de la supercherie. Le patron de la branche américaine du groupe a fait preuve de franc-parler en admettant que l’entreprise avait « complètement merdé » et avait été « malhonnête ». « La transparence est la seule voie de sortie », approuve Eric Saint Frison.

Le président du groupe va-t-il tomber ? « Il est difficile d’imaginer qu’une telle décision [la mise en place de ce logiciel tricheur sur 11 millions de véhicules] n’ait pas été approuvée à un niveau élevé de la hiérarchie », commente Eric Saint Frison. « C’est forcément une décision prise à très haut niveau ». Si le journal allemand Tagesspiegel écrit que le PDG de Volkswagen Martin Winterkorn devrait prendre la porte vendredi, le principal intéressé a démenti cette information ce mardi, ajoutant : « Je m’excuse, nous allons tout faire pour regagner votre confiance pas à pas ». Le pari est loin d’être gagné.