Le gouvernement veut-il vraiment réformer le statut des fonctionnaires?

POLITIQUE La question se pose après les propos tenus récemment par Emmanuel Macron...

Delphine Bancaud
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illustration de Bercy, qui abrite le ministère de la Fonction publique
illustration de Bercy, qui abrite le ministère de la Fonction publique — Loic Venance afp.com

A-t-il agi en franc-tireur ou en service commandé par l’Elysée ? Les propos d’Emmanuel Macron sur le statut de fonctionnaire qui ne serait « plus justifiable » continuent à susciter le débat. La ministre de la Fonction publique, Marylise Lebranchu a invité ce lundi son collègue de Bercy à « parler le moins possible » et a défendu le statut de fonctionnaire qui « représente la solidité de la fonction publique, mais aussi la solidité de la nation », a-t-elle insisté sur Europe 1. La veille, Le Premier ministre Manuel Valls a aussi proclamé son « attachement au statut des fonctionnaires ».

Reste à savoir si cette suggestion de réforme du statut de fonctionnaire est un ballon d’essai piloté par l’Elysée. Une hypothèse à laquelle ne croit pas Luc Rouban, directeur de recherches au CNRS et spécialiste de la fonction publique : « toucher à ce statut ne serait pas pertinent, car il a été créé pour protéger les agents des abus du pouvoir politique et des tentatives de corruption », explique-t-il. Par ailleurs, il serait impossible d’amorcer un tel projet au deux tiers du quinquennat. Et l’évoquer comme ambition pour un éventuel prochain quinquennat de la gauche serait pour le moins précipité.

Une option pas crédible pour la gauche

De même, toucher au statut de fonctionnaire ne permettrait pas de réduire le poids de la dépense publique, selon Luc Rouban : « car on serait obligé d’augmenter les salaires des cadres de 30 % à l’embauche pour s’aligner sur les rémunérations pratiquées dans le privé », avance-t-il.

Pour la politologue Virginie Martin, la disparition du statut de fonctionnaire n’est pas envisageable non plus : « Cela reviendrait à précariser tous les fonctionnaires, ce qui n’est pas possible pour la gauche. D’autant que le nombre de contractuels ne cesse déjà d’augmenter dans la fonction publique », estime-t-elle.

A quoi servent les petites phrases d’Emmanuel Macron ?

Insister sur l'importance de moderniser de la fonction publique

Mais en jetant ce pavé dans la mare, Emmanuel Macron instille bien l’idée qu’il faut encore réformer davantage la fonction publique, selon Luc Rouban : « Le projet présidentiel prévoyait le gel des effectifs au sein de la fonction publique d’Etat et le gel du point d’indice, ce qui a été respecté. Mais le gouvernement voudrait encore moderniser le secteur public, notamment en créant davantage de passerelles entre les trois fonctions publiques ». Un avis partagé par Virginie Martin : « A force de comparer les salariés du privé et les agents du public, on arrive de plus en plus à insinuer la culture de l’évaluation dans la fonction publique. On peut s’imaginer que les indicateurs de performance vont se multiplier dans les années à venir »

Donc si les fonctionnaires n’ont pour l’heure pas à craindre pour leur statut, ils peuvent néanmoins s’attendre à ce que leurs modalités de carrière soient bousculées à l’avenir. De son côté, Emmanuel Macron peut s’attendre à ce que sa petite sortie déstabilise son camp. « Le noyau dur de l’électorat du PS est encore composé de fonctionnaires », rappelle Luc Rouban. Et à trois mois des élections régionales, ces petites phrases peuvent jouer sur le vote….