Affaire Volkswagen: «Aux Etats-Unis, le groupe communiquait beaucoup sur le diesel propre»

INTERVIEW Le géant allemand de l’automobile est accusé d’avoir camouflé les gaz polluants émis par ses véhicules diesel...

Propos recueillis par Laure Cometti
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Le logo Volkswagen à l'avant d'une voiture, à Berlin en mars 2015
Le logo Volkswagen à l'avant d'une voiture, à Berlin en mars 2015 — Tobias Schwarz AFP

Le géant allemand de l’automobile est accusé par les autorités américaines d’avoir triché pour camoufler les gaz polluants émis par ses véhicules diesel lors des tests antipollution de l’administration fédérale. Cette supercherie peut coûter très cher au groupe qui incarne la qualité « made in Germany ».

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La presse allemande ne mâchait pas ses mots ce lundi, parlant de « débâcle », de « désastre » et de « choc » pour qualifier les révélations concernant le fleuron de l’industrie automobile nationale et numéro un des ventes mondiales. Explications avec Bertrand Rakoto, analyste du marché automobile.

Comment ce scandale va-t-il affecter l’image de la marque ?

Le problème, c’est que Volkswagen a fait du diesel propre son cheval de bataille sur le marché automobile nord-américain. Le groupe vient d’annoncer qu’il cessait jusqu’à nouvel ordre de commercialiser les modèles diesel quatre cylindres de ses marques Volkswagen et Audi aux Etats-Unis. C’est problématique car il a beaucoup misé sur le diesel en Amérique du Nord, en investissant notamment 7 milliards de dollars d'ici 2018. En outre, Volkswagen est en difficulté sur le marché nord-américain. Mais ce scandale est peut-être l’occasion de refondre cette stratégie qui misait beaucoup sur le diesel.

Faut-il s’attendre à des changements dans la direction du groupe après ce scandale ?

On entre dans une phase de communication de crise. Ce n’est pas le moment de jouer aux chaises musicales. Il n’est pas impossible qu’il y ait quelques limogeages aux Etats-Unis, mais ce ne serait pas forcément une bonne chose car le groupe a plutôt intérêt à communiquer et coopérer avec l’EPA [l’agence environnementale américaine] et la justice américaine pour trouver une solution.

En matière de communication justement, le mea culpa de Martin Winterkorn, président du groupe, est-il suffisant ?

Ces excuses sont un début, mais elles ne suffiront pas. Visiblement, le groupe a choisi de dialoguer avec l’EPA, il y a donc une volonté de trouver une solution.

Combien ce scandale peut-il coûter au groupe ?

Tout dépend de la solution que choisira Volkswagen pour mettre les 500.000 véhicules aux normes comme l’exige l’EPA. Il y a l’option de rappeler les voitures pour modifier le logiciel de gestion du moteur, où est niché le logiciel tricheur. Mais il y a peut-être d’autres solutions techniques, avec des coûts variables. Pour l’instant on ignore comment le constructeur va traiter le problème.

Certains clients pourraient en outre exiger que le constructeur leur rachète leur véhicule, ou lancer une class action [une action de groupe en justice]. Un constructeur qui rachèterait 500.000 voitures, ce serait du jamais-vu. Mais à ce stade, il ne peut s’agir que d’hypothèses.

Volkswagen cesse de commercialiser ses modèles diesel VW et Audi aux Etats-Unis

Concernant l’amende, certains médias américains évoquent un montant de 18 milliards de dollars…

Il est quasi certain qu’un arrangement sera trouvé pour fixer une amende forfaitaire. La justice américaine a récemment condamné General Motors à payer 900 millions d’euros pour avoir tenté de dissimuler un défaut mécanique mortel sur ses véhicules. Cela donne une idée de l’ordre de grandeur des sanctions financières qui menacent Volkswagen. Les autorités américaines sont sévères avec les fraudeurs.