Le milliardaire français Patrick Drahi a été accueilli en rock star à Wall Street

RENCONTRE Le patron d'Altice (SFR, Numericable, etc.) a acheté l'opérateur Cablevision pour plus de 15 milliards d'euros...

C.B. avec AFP

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Patrick Drahi, président du groupe européen Altice, le 24 juin 2015 à Paris
Patrick Drahi, président du groupe européen Altice, le 24 juin 2015 à Paris — MIGUEL MEDINA AFP

Il a été la star de la journée. Et les banquiers et autres analystes financiers de Wall Street, le quartier des affaires de New York, ont accueilli Patrick Drahi, milliardaire franco-israélien à la tête du groupe Altice (Numericable, SFR, etc.), comme tel.

Il faut dire que l’homme est devenu depuis jeudi, plus précisément depuis le rachat du groupe américain Cablevision pour 17,7 milliards de dollars, le quatrième patron le plus puissant des Etats-Unis dans le secteur du câble.

Du coup, le grand raout des médias et des télécoms, organisé chaque année par la banque Goldman Sachs dans un hôtel de luxe de Manhattan, avait jeudi les allures d’une première de film. La salle était archi-comble, les applaudissements, nourris, et les financiers se sont bousculés pour être au plus près du Français, se retenant seulement de crier des « Patriiiiick ».

Qui est Patrick Drahi ?

Les inscriptions ont afflué jeudi matin, à la dernière minute. Les journalistes des grands médias new-yorkais (New York Times, Wall Street Journal, Bloomberg…) avaient tous pris place aux premiers rangs, ordinateur posé sur les genoux pour certains, prêts à boire les mots du milliardaire français.

Deux questions brûlaient les lèvres, a résumé un banquier ne souhaitant pas donner son nom : Qui est Patrick Drahi ? Veut-il chambouler le paysage télévisuel américain, déjà bousculé par les désabonnements des consommateurs, alléchés par des prix ultra-compétitifs des services de vidéo en ligne (Netflix, Hulu…) ?

Les réponses n’ont pas tardé. Drahi et son numéro deux, Dexter Goei, ont été ponctuels. Un silence de catacombes emplissant la salle, le modérateur – un salarié de Goldman Sachs à l’accent britannique — a pris la parole.

« Quelle est votre stratégie aux Etats-Unis ? » a-t-il demandé à l’ingénieur en télécoms. « Nous n’avons pas changé d’approche », a répondu Patrick Drahi, dans un anglais fluide. « Nous avons consolidé le marché européen et allons continuer à consolider le marché américain. Je ne suis pas pressé. Je ne vois pas de concurrent prêt à acheter », a-t-il poursuivi.

« Le jour où je ne fais plus confiance qu’à 99 %, je vire »

La salle est restée comme accrochée à ses lèvres. Le polytechnicien rythmant ses réponses de traits d’humour. Petit à petit, il a mis la salle dans la poche et gagné son adhésion en s’amusant notamment de la réputation de verseur de petits salaires qui colle à Altice. Puis, il a livré quelques secrets de son management.

« Si un manager vient me voir pour me présenter un consultant, je le vire et garde le consultant », a-t-il lancé. Ou encore : « Je fais 100 % confiance à mes collaborateurs. Ils n’ont pas la bride au cou, même s’il m’arrive de leur téléphoner en pleine nuit. » « Le jour où je ne fais plus confiance qu’à 99 %, je vire », a-t-il ajouté. Le style de management « Drahi » se veut direct.

Le milliardaire a assumé vouloir « se faire de l’argent comme tout entrepreneur ». Après avoir dépassé le temps imparti, la salle a commencé à applaudir mais déjà une cohue de journalistes et de participants se ruait sur Patrick Drahi.

Son « triomphe » new-yorkais s’est poursuivi avec des rendez-vous individuels avec des grands patrons et des gros investisseurs américains. « Il est impressionnant », a confié un banquier, qui dit se poser néanmoins de nombreuses questions restées sans réponse. L’endettement de son groupe est-il tenable par exemple ? En attendant, l’opération séduction fut réussie.