Etats-Unis: enquête contre Deutsche Bank pour blanchiment d'argent russe

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Le siège de la Deutsche Bank, le 9 juin 2015, à Francfort en Allemagne
Le siège de la Deutsche Bank, le 9 juin 2015, à Francfort en Allemagne — Daniel Roland AFP

Les autorités américaines ont ouvert une nouvelle enquête contre Deutsche Bank pour blanchiment d'argent en provenance de Russie, après une tentative de corruption d'un trader à Moscou, ont indiqué lundi à l'AFP des sources proches du dossier.

L'investigation est menée par le régulateur des services financiers de New York, le DSF, qui conduit en parallèle d'autres enquêtes contre la première banque allemande, affirment ces sources ayant requis l'anonymat.

Le DSF, réputé pour sa dureté face aux grandes banques, a ouvert ce nouveau front juridique au début de l'été.

Le régulateur a eu connaissance, selon les sources, d'une tentative de corruption d'un trader de Deutsche Bank à Moscou par des clients russes qui essayaient de dissimuler l'origine de leurs fonds.

Ces sources n'ont pas donné de détails sur cette tentative de pot-de-vin, qui a échoué, affirment-elles.

Les clients en question voulaient que le trader effectue des opérations de courtage avec un de leurs comptes qui avait été suspendu par Deutsche Bank dans le cadre d'une enquête interne concernant son unité de courtage moscovite.

La banque a informé les régulateurs britannique FCA et allemand BaFin en juin qu'elle menait une investigation interne sur des opérations réalisées par cette division lors des quatre dernières années.

Sollicitée par l'AFP, Deutsche Bank n'a pas voulu commenter la tentative de corruption ni l'enquête américaine.

«Nous avons mis en disponibilité un petit nombre d'individus de nos opérations à Moscou en attendant les résultats d'une enquête interne», a simplement indiqué dans un courriel à l'AFP une porte-parole, Michele Allison.

«Nous sommes déterminés à prendre part aux efforts internationaux pur détecter et lutter contre les activités suspectes et prenons des actions fortes dès que nous avons une preuve de malversation», a-t-elle ajouté.

Le DSF de son côté n'a pas souhaité faire de commentaire.

- Trading miroir -

L'enquête du régulateur américain s'intéresse particulièrement à l'activité de «trading miroir» (mirror trades), selon les sources.

Le DSF soupçonne des clients russes d'avoir investi, via Deutsche Bank, en roubles dans des actifs à Moscou. Au même moment, le bureau de la banque allemande à Londres réalisait les mêmes investissements en monnaies internationales pour le compte des mêmes clients. Cette pratique aurait permis une évasion «légale» des capitaux de Russie, selon ces sources.

Il a adressé une requête à Deutsche Bank la semaine dernière, lui demandant de lui fournir des informations sur ses opérations de courtage (les noms des clients concernés, les traders liés à cette activité...) et des courriels, selon les sources.

Le régulateur américain a aussi demandé des informations concernant les consultants externes de la banque, comme le cabinet Deloitte, recrutés pour la conseiller sur les dites opérations.

Même si Deutsche Bank mène elle-même sa propre enquête, le DSF se demande si la banque n'a pas été lente à déclencher celle-ci.

Les discussions entre les deux parties ont débuté. L'enquête est encore à un stade préliminaire, selon les sources.

Elle entre dans le cadre d'une vaste enquête du DSF sur le blanchiment de plusieurs milliards de dollars en provenance de Russie, via Moscou et Londres, utilisant des produits financiers complexes, selon les sources.

Ce nouveau litige vient s'ajouter à une montagne de contentieux - environ 6.000 - impliquant la banque allemande.

Le DSF enquête déjà sur ses relations commerciales avec des pays sous embargo économique américain et son rôle dans l'affaire des manipulations des taux de change notamment.

En avril, elle a écopé aux Etats-Unis d'une amende de 2,5 milliards de dollars pour manipulation des taux interbancaires dont le Libor.

Cette spirale de scandales couplée à de mauvais résultats financiers a conduit à la démission en juin des deux patrons de l'établissement, l'Indo-britannique Anshu Jain et l'Allemand Jürgen Fitschen. Ils ont été remplacés par le Britannique John Cryan.