Le vin de la discorde

AGRICULTURE La réforme présentée par Bruxelles est critiquée par les viticulteurs mais saluée par les industriels...

avec AFP

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Après un an de négociations, la Commission européenne a présenté ce mercredi son projet de réforme du secteur vinicole de l'UE, vigoureusement critiqué par les viticulteurs, mais salué par les industriels et les négociants.

Concurrence des vins du Nouveau Monde

L'enjeu de cette réforme est de faire évoluer le modèle viticole européen, majoritairement artisanal et trop souvent dépendant de subventions selon Bruxelles. Objectif : faire face vers à la concurrence des vins du Nouveau Monde qui gagnent des parts de marchés depuis vingt ans.

Bruxelles veut d'abord mettre fin à la surproduction de vin dans l'UE, en permettant aux producteurs non compétitifs d'arracher jusqu'à 200.000 hectares de vignes. Le système de distillation, qui permet de transformer les stocks de vin invendus en alcool de bouche, serait supprimé. Par ailleurs, un budget de promotion mondial de 120 millions d'euros serait débloqué pour simplifier les règles d'étiquettage et les pratiques œnologiques.

Libéraliser les «droits de plantation»

Les viticulteurs français sont globalement mécontents de ces propositions. Le ministre de l'Agriculture Michel Barnier a lui-même estimé que si «la France peut partager les principaux objectifs» de la réforme proposée par Bruxelles, il reste que «d'importantes divergences apparaissent quant aux moyens mis en oeuvre pour les atteindre».

Jérôme Despey, le président du conseil vin de Viniflhor, estime pour sa part «incohérente» la volonté de libéraliser les «droits de plantation» dans l'UE après 2013, alors que dans le même temps, on supprime le financement (actuellement de 500 millions d'euros par an) de la distillation en alcool qui permet d'éliminer les excédents de vins.

Arrache «temporaire»

Les viticulteurs français souhaitent également que l'arrachage de 200.000 hectares de vignes prôné par Bruxelles soit «volontaire» et «temporaire», afin de donner la possibilité de replanter au même endroit si le marché se redressait.

Pour inciter les vignerons français à quitter la profession, les organisations viticoles misent plutôt sur un décret français qui favorisait le départ en pré-retraite. A partir de 57 ans et jusqu'à 62 ans, les viticulteurs recevraient, en plus de leurs primes d'arrachage, 12.000 euros par an, selon Jérôme Despey. Reste à obtenir la parution de ce décret par le nouveau gouvernement, peu favorable aux pré-retraites, mais qui aurait assuré qu'il ferait une exception pour les viticulteurs.