Les prêts ELA, bouée de sauvetage des banques grecques

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Des drapeaux grec (à g) et européen sur la façade de l'ambassade de Grèce à Berlin, le 29 juin 2015
Des drapeaux grec (à g) et européen sur la façade de l'ambassade de Grèce à Berlin, le 29 juin 2015 — JOHN MACDOUGALL AFP

Les prêts ELA, à nouveau sur la sellette mercredi alors que le conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE) doit se prononcer dessus, maintiennent depuis des mois les banques grecques et l'économie toute entière sous perfusion.

Début février, juste après l'accession au pouvoir en Grèce du Premier ministre de gauche radicale Alexis Tsipras et alors qu'apparaissait compromise la conclusion du programme d'aide dont bénéficiait la Grèce depuis 2012, la BCE a fait sauter un régime de faveur des banques grecques. Celui-ci, corollaire du programme d'aide, leur permettait d'emprunter auprès d'elle de l'argent à taux très bas, comme les autres banques de la zone euro, et ce même si elles n'étaient pas en mesure d'apporter les garanties nécessaires.

Privées de ces financements, les banques hellènes n'ont eu d'autre recours que de se tourner vers des prêts d'urgence, les fameux ELA (pour Emergency Liquidity Assistance). Déjà utilisés à Chypre, ils doivent permettre aux banques de surmonter des problèmes ponctuels de liquidités, mais ne sont destinés qu'à des banques solvables et ne s'appliquent que pour des pays qui bénéficient d'un programme d'aide.

C'est la BCE, en l'occurrence son conseil des gouverneurs composé des 19 gouverneurs des banques centrales de la zone euro et des six membres du directoire de la BCE, qui approuve à intervalles réguliers, et sur demande de la Banque de Grèce, le principe des crédits ELA et en fixe le plafond. Il prend ses décisions sur le sujet à la majorité des deux-tiers.

Les prêts eux-mêmes sont mis à disposition par la Banque de Grèce. Le taux d'intérêt qui s'applique aux prêts ELA est supérieur à celui pratiqué par la BCE, il est donc plus cher pour les banques de se refinancer comme cela.

Dans les premiers temps, le conseil des gouverneurs s'est penché toutes les deux semaines puis toutes les semaines sur ELA, remontant graduellement le plafond. Ces dix derniers jours, sur fond de retraits massifs des épargnants, les banquiers centraux ont reconduit ELA quotidiennement, amenant en fin de semaine dernière le plafond à environ 90 milliards d'euros.

Bien avant la tournure dramatique qu'ont pris les événements ce weekend, plusieurs banquiers centraux étaient déjà très réticents à maintenir le financement par ELA. C'est notamment le cas du président de la Bundesbank allemande Jens Weidmann, qui estime que ces prêts s'apparentent à un financement direct de l'Etat grec. Les banques alimentent en effet les caisses de l'Etat en achetant les obligations à court terme qu'émet Athènes, et dont personne d'autre ne veut.

Le président de la BCE Mario Draghi a toujours laissé entendre que dès que les conditions d'octroi d'ELA ne seraient plus remplies, le mécanisme sauterait. Mais dimanche, les gouverneurs ont maintenu les prêts à leur niveau consenti vendredi, temporisant dans l'attente d'une éventuelle solution politique miracle.

Entre temps aucune des deux conditions techniques d'attribution d'ELA n'est plus remplie: les agences de notation Fitch et Standard and Poor's ont placé les quatre principales banques grecques en «défaut partiel», leur solvabilité est donc fortement remise en question; et depuis mardi soir la Grèce n'est plus sous programme.

Malgré la mise en place en début de semaine d'un contrôle des capitaux qui doit limiter l'hémorragie de liquidités, les banques sont au bord de l'asphyxie. La Banque de Grèce a demandé au conseil un relèvement du plafond des prêts ELA, a indiqué mardi soir le vice-Premier ministre grec Ioannis Dragasakis.

Le conseil peut soit l'accorder, soit la refuser mais maintenir le mécanisme avec un plafond inchangé, soit couper complètement le robinet, ce qu'il est peu susceptible de faire alors que les tractations politiques se poursuivent à marche forcée.