Mario Draghi, le patron de la BCE en première ligne dans la crise grecque

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Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne, le 22 juin 2015 à Bruxelles
Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne, le 22 juin 2015 à Bruxelles — JOHN THYS AFP

Mario Draghi, devenu malgré lui une pièce maitresse de la crise grecque, fait figure de pompier de la zone euro depuis trois ans, grâce à ses talents d'habile communicant et à un indéniable courage, malgré les critiques.

L'Italien de 67 ans a depuis plusieurs mois les traits tirés et ses cheveux, poivre-et-sel lors de sa prise de fonction en 2011, sont maintenant plus sel que poivre. Cela fait trois ans que «Super Mario» multiplie les efforts pour soutenir l'économie poussive de la zone euro, et les dernières péripéties grecques menacent de saboter son travail - et la zone euro toute entière.

Après la rupture au cours du week-end des négociations entre Athènes et créanciers internationaux, l'institution qu'il dirige est plus que n'importe quelle autre en première ligne. C'est ce qu'il voulait éviter, lui qui s'est soigneusement tenu à l'écart ces derniers mois des passes d'armes acrimonieuses entre la Grèce et ses créanciers.

Un «Grexit» ferait entrer la BCE dans des «territoires inexplorés», a récemment prévenu M. Draghi, qui n'a aucune envie de les découvrir. Mais il doit aussi composer avec l'hostilité croissante de certains banquiers centraux européens, critiques du soutien accordé aux banques hellènes.

- Le 'style Draghi' -

Mario Draghi succède en novembre 2011 au français Jean-Claude Trichet à la tête de la BCE, dans une zone euro secouée par la crise de la dette.

Dès l'été 2012, il doit faire face à une nouvelle poussée de fièvre des taux d'emprunt de certains pays et, déjà, à la menace d'implosion du bloc monétaire.

Le banquier central improvise alors quelques mots lors d'un discours à Londres. Il se dit «prêt à tout» - «whatever it takes» en anglais - pour soutenir la zone euro, restaurant la confiance des marchés et sauvant de l'avis général la monnaie unique.

Ces propos, retentissants, marquent la naissance du style Draghi: une communication habile qui distille les bons messages au bon moment, alliée à un indéniable courage, vertu capitale louée par son père. Décédé quand le jeune Mario avait 15 ans, celui-ci lui disait: «si tu as perdu courage, alors tu as tout perdu».

Né à Rome le 3 septembre 1947, marié et père de deux enfants, Mario Draghi est diplômé en économie et titulaire d'un doctorat du prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT).

Professeur dans différentes universités italiennes, il oeuvre à la Banque Mondiale de 1984 à 1990, avant de devenir directeur général du Trésor italien, un poste qu'il occupera dix ans sous neuf gouvernements de gauche comme de droite.

Il rejoint ensuite en 2002 la direction de la banque américaine Goldman Sachs. Une expérience qui lui vaut aujourd'hui encore des critiques, la banque américaine, accusée notamment d'avoir maquillé les comptes de la Grèce, symbolisant pour beaucoup les excès de Wall Street. Mais M. Draghi assure y avoir toujours agi «avec intégrité».

- Des règles indispensables -

Classé au centre gauche, il prône une société qui valorise «les incitations individuelles» mais où «les règles sont considérées comme indispensables».

La BCE est «une institution basée sur des règles», aime-t-il à rappeler en bon banquier central. Mais la situation d'exception que vit la zone euro depuis six ans l'oblige à transiger avec elles, parfois même à les franchir, tempêtent ses détracteurs.

L'action de l'institution monétaire sous sa direction fait régulièrement l'objet de plaintes devant les tribunaux en Allemagne, sans succès jusqu'à présent.

A la fin 2014, M. Draghi, en diplomate accompli, a réussi à vaincre les réticences allemandes au lancement d'un vaste programme de rachats de dettes pour contrer la menace de déflation en zone euro, le fameux «QE».

L'Italien a beau rentrer presque chaque week-end dans sa famille à Rome, il a toujours pris garde de ne pas défendre le «sud», n'hésitant pas à vanter les mérites du modèle allemand ou exigeant plus de réformes de son pays.

Systématiquement tiré à quatre épingles - il est fidèle au même tailleur depuis des années -, affable et patient, il martèle sans relâche le même message: la BCE ne pourra faire office ad vitam aeternam de pompier de la zone euro, c'est aux Etats de prendre leurs responsabilités.