La BCE parie de nouveau sur le pouvoir des mots avant d'intervenir

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Le président de la BCE Mario Draghi le 15 avril 2015
Le président de la BCE Mario Draghi le 15 avril 2015 — DANIEL ROLAND AFP

En maintenant les liquidités d'urgence aux banques grecques et en employant des mots forts, la BCE tente de nouveau de ramener le calme avec des mots, tout en fourbissant ses armes pour préserver la zone euro du tumulte grec.

Alors que certains s'attendaient à voir Mario Draghi sortir directement le carton rouge à l'égard de la Grèce, le président de la BCE s'est contenté du carton jaune.

Le conseil des gouverneurs de l'institution a décidé de maintenir en l'état le financement d'urgence des banques grecques par des prêts ELA (pour «Emergency Liquidity Assistance»), leur dernier moyen d'avoir de l'argent.

Alors que les banques hellènes sont fermées cette semaine et les retraits aux guichets limités, elles devraient tenir jusqu'au référendum prévu dimanche, dont tout dépendra.

Si les Grecs votent «oui», la BCE pourra de nouveau ouvrir la vanne ELA sans risquer d'enfreindre ses propres règles. S'ils refusent les propositions de créanciers, qui exigent des réformes en échange d'un nouveau renflouement, «la BCE aura le soutien des chefs d'Etat et de gouvernement pour mettre un terme à ELA», prédit Jörg Krämer, de Commerzbank, «ce serait de facto la fin de la participation de la Grèce à l'euro».

Techniquement, l'institution pourrait aussi décider de couper le robinet financier à la Grèce dès mercredi, lors de sa prochaine réunion régulière, et alors que le programme d'aide qui court jusqu'au 30 juin aura officiellement expiré.

-blanc-seing politique-

Mais même si l'institution est jalouse de son indépendance, le conseil des gouverneurs est très peu susceptible d'agir «sans blanc-seing politique au plus haut niveau», relevait Erik Nielsen, d'Unicredit.

Or, «Les Européens vont attendre le référendum» avant de bouger, «et ils ont raison», assure à l'AFP Nicolas Véron, de l'institut Bruegel.

D'ici là, la BCE «surveille étroitement» les marchés et est «déterminée à utiliser tous les instruments disponibles dans le cadre de son mandat», précisait son communiqué dimanche.

Une nouvelle vague de panique sur les marchés, engendrée par la débâcle grecque, pourrait anéantir une grande partie du travail réalisé par M. Draghi depuis trois ans pour remettre sur les rails le bloc monétaire.

«En résumé: la BCE est prête à agir» pour éviter toute contagion, mais «comme elle l'a démontré en 2012, les mots peuvent suffire à restaurer la confiance», souligne Holger Schmieding, économiste chez Berenberg.

A l'été 2012, avec un simple «Whatever it takes» («Tout ce qu'il faudra»), glissé dans un discours, le président de la BCE avait réussi à calmer la panique des investisseurs vendant en pagaille leurs obligations espagnoles ou italiennes.

De la même manière, trois ans plus tard, de simples interventions verbales comme celle de dimanche peuvent limiter sur les marchés les retombées de la Grèce, poursuit M. Schmieding.

-'instruments de torture'-

La BCE «étale tous ses instruments de torture pour ceux qui voudraient parier contre les obligations des pays périphériques. L'effet dissuasif devrait suffire à avoir la discipline requise», considèrent les analystes de Commerzbank.

Economiste chez JPMorgan, Greg Fuzesi, estime que «la tolérance de la BCE à la détérioration des conditions des marchés financiers (...) devrait être assez limitée» et qu'elle «pourrait passer très vite de l'avertissement verbal à l'annonce d'une réponse de politique monétaire».

D'autant qu'elle a désormais directement à disposition un portefeuille de mesures considérablement étoffé ces dernières années, à commencer par le programme OMT. Ce programme de rachats ciblés de titres de dettes de pays en difficulté a été créé en 2012, mais les paroles de Mario Draghi ayant suffi à apaiser les tensions, il n'a jamais eu à être utilisé.

Conforté il y a quelques jours par la justice européenne, qui l'a jugé dans les clous du mandat de la BCE, il est prêt à être dégainé, si les taux européens s'enflamment.

La BCE a aussi la possibilité de faire évoluer son programme «d'assouplissement monétaire» («QE»), par lequel elle s'attaque depuis mars à faire remonter l'inflation en zone euro en rachetant quelque 60 milliards d'euros de dette sur les marchés chaque mois.

En cas de nouvel accès de faiblesse de la croissance ou des prix, elle pourrait opter pour accroître la part d'achat de titres de dettes d'Etat, ou alors augmenter provisoirement le montant mensuel.