Crise des agriculteurs: «Ce n'est pas aux contribuables de payer pour nos exploitations»

INTERVIEW Josian Palach, secrétaire national de la Confédération paysanne, revient sur les annonces de Manuel Valls...

Propos recueillis par Céline Boff

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Josian Palach, secrétaire national de Confédération paysanne, le 24 juillet 2015
Josian Palach, secrétaire national de Confédération paysanne, le 24 juillet 2015 — MIGUEL MEDINA / AFP

Ils n’ont pas manifesté ce jeudi à Paris. Et pourtant, les adhérents de la Confédération paysanne sont en colère, mais surtout contre la FNSEA. 20 Minutes fait le point avec Josian Palach, secrétaire national du mouvement.

Comment réagissez-vous au nouveau plan d’aide annoncé par le Premier ministre ?

Certaines mesures répondent à l’urgence de la crise. Je pense notamment à l’année blanche pour le remboursement des emprunts bancaires. En clair, les agriculteurs en difficulté ne payeront pas les intérêts de leurs prêts – ils seront pris en charge par l’Etat – et le remboursement du prêt sera décalé d’un an. Cette mesure allégera les trésoreries, mais nous ne savons pas encore à qui elle s’adressera… En revanche, les aides à l’investissement [350 millions d’euros par an sur trois ans] sont totalement absurdes. Cette crise est liée à l’endettement trop élevé des paysans et le gouvernement les encourage à s’endetter encore davantage. Plus globalement, ce plan prouve que nous ne profitons pas de cette crise pour nous poser les vraies questions et changer d’orientation agricole en France et en Europe.

Dans votre communiqué de presse, vous êtes très critiques envers Xavier Beulin, le président de la FNSEA. D’après vous, il ne défend pas les intérêts des agriculteurs…

Il est à la tête d’activités agro-industrielles dont la holding s’apparente au fonctionnement d’une multinationale… Ses préoccupations n’ont pas grand-chose à voir avec celles des paysans de base. D’après ce que je sais, son discours a été mal accueilli place de la Nation. Mais pourquoi ? Parce que les agriculteurs présents là-bas attendaient davantage d’aides financières de l’Etat ? Mais on ne peut pas tout le temps demander aux contribuables français de prendre en charge les frais de nos exploitations. Notre système agricole perçoit déjà 10 milliards d’euros d’aides de l’Europe à travers la Politique agricole commune (PAC) ! Demander plus d’aides ne servira à rien. La seule solution est de changer de modèle.

Quelles solutions préconisez-vous ?

Nous voulons une réorientation des aides de la PAC. Elles sont affectées selon la surface des exploitations, ce qui revient à favoriser les plus grosses. Nous voudrions que ces aides soient réparties en fonction de l’emploi, des actifs réellement présents dans les fermes, avec un plafonnement dans le but de ne pas inciter les agriculteurs à devenir toujours plus grands. Ensuite, il faut en finir avec cette vocation exportatrice de l’agriculture française, qui est destructrice d’emplois et de territoires. Nous devrions relocaliser la production et nous préoccuper d’alimenter correctement la population européenne. Il faut également harmoniser les règles, notamment sociales, au sein de l’UE.

Justement, qu’attendez-vous de la rencontre de lundi à Bruxelles ?

Les paysans veulent une hausse des prix, mais la seule façon de l’obtenir, c’est en relevant les seuils d’intervention [le fait que la Commission européenne achète des produits pour les stocker]. Pour ne pas engorger les frigos européens, nous souhaiterions que les entreprises demandant à bénéficier de cette intervention voient leur volume de production abaissé. La régulation des volumes est le seul moyen de sortir de la crise actuelle, mais elle peut être seulement ponctuelle. A l’heure actuelle, nous sommes dans une logique de compétition entre paysans européens et à chaque nouvelle crise, des paysans disparaissent, alors que les volumes produits restent toujours les mêmes. Les responsables européens doivent bien réfléchir : s’ils laissent la situation en l’état, ils ne feront que renforcer les nationalismes. Il est temps de proposer une nouvelle vision pour l’Europe qui ne soit pas celle du marché ultra-libéral et non accompagné.