Ministère du Travail: La nomination de Myriam El Khomri est-elle une bonne ou une mauvaise «surprise» ?

NOMINATION « 20 Minutes » a posé la question à des élus, des analystes et des représentants syndicaux…

Céline Boff

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Myriam El Khomri, nouvelle ministre du Travail
Myriam El Khomri, nouvelle ministre du Travail — LCHAM/SIPA

C’est une surprise. Pour succéder à François Rebsamen à la tête du ministère du Travail, plusieurs noms circulaient… Mais pas celui de Myriam El Khomri, 37 ans. A vingt mois de la présidentielle de 2017, celle qui n’occupait qu’un second rôle dans le gouvernement, au secrétariat d’Etat à la Ville depuis 2014, se retrouve ainsi propulsée aux avant-postes.

Bien sûr, ce choix étonne comme en témoigne la réaction d’Alain Giffard, l’un des secrétaires nationaux de la CFE-CGC : « Je ne connais pas cette personne, mais elle n’a jamais travaillé sur des dossiers ayant trait à l’emploi. Elle n’a même jamais travaillé dans une entreprise… ».

François Hollande ayant fait de l’inversion de la courbe du chômage la condition sine qua non de sa candidature en 2017, les syndicalistes s’attendaient « à la nomination d’un poids lourd… Avec Myriam El Khomri, ce n’est pas le cas. Mais elle a une première expérience de ministre et elle est titulaire d’un DESS en droit public… Elle ne part pas de rien », tempère Philippe Louis, président de la CFTC.

« Une nomination hautement symbolique »

« Ce n’est pas une mauvaise chose de surprendre lors d’un remaniement de ce type… Cela offre de l’exposition médiatique », analyse Jean-Daniel Lévy, directeur du département Politique & Opinion d’Harris Interactive. « Et puis, ce choix est malin : elle n’est pas connue du grand public, elle n’a donc aucune raison d’être mal accueillie par les Français, dont la principale attente est le renouvellement du personnel politique. En nommant Myriam El Khomri, François Hollande laisse entendre qu’il souhaite en finir avec les élites traditionnelles du PS ».

« Parmi les favoris, personne ne se dégageait réellement. Le président a profité de cette occasion pour faire émerger une proche et surtout, une femme à l’image sociale ancrée », ajoute le politologue Stéphane Rozès.

« Je n’ai jamais cru à la nomination de Jean-Marc Germain [député frondeur des Hauts-de-Seine] mais cela aurait été le signe d’une volonté de réconciliation avec l’aile gauche du PS… Cette nomination prouve qu’il n’y aura pas de changement dans la politique économique de l’exécutif », se désole un député frondeur.

Pour le député PS Christophe Caresche, ce choix est au contraire « hautement symbolique » : « C’est une forme de pari, mais François Hollande traduit dans ce recrutement sa politique : faire de la place à la jeunesse, à la féminité, à la diversité ».

« Elle a la réputation d’être ouverte et à l’écoute »

L’inexpérience de Myriam El Khomri dans les thématiques liées au Travail n’est-elle toutefois pas problématique, comme le dénoncent Les Républicains ? « Est-ce que les nominations de Christiane Taubira à la Justice ou de Laurent Fabius aux Affaires étrangères étaient plus légitimes ? Regardez Bernard Cazeneuve : il était très bon au Budget, il est devenu ministre de l’Intérieur et cette évolution ne pose pas de problème particulier », répond Jean-Daniel Lévy, qui met en avant les points forts d’El Khomri et notamment « sa capacité à s’exprimer clairement et posément ».

« Le chômage est un sujet pris en charge au plus haut niveau, elle ne sera donc pas seule, elle travaillera avec le Premier ministre et le Président », ajoute Christophe Caresche. « Elle a la réputation d’être ouverte et à l’écoute. Son profil peut donc être compatible avec le dialogue social », avance Philippe Louis, qui espère surtout « qu’elle conservera l’équipe déjà en place au ministère. Beaucoup de dossiers sont en train d’aboutir, ce serait terrible de tout recommencer ».

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Pour Stéphane Rozès, « choisir Myriam El Khomri est pour le président une manière de dire que l’essentiel a été fait avec le vote de la loi Rebsamen ». Le politologue ne croit pas à une réforme du droit du travail avant la présidentielle : « Dans le cas contraire, ce serait un pari audacieux de choisir une personne si inexpérimentée pour piloter un tel dossier ».

Les représentants syndicaux espèrent qu’il se trompe : « Avec tous les exclus que la société française fabrique chaque jour, il n’y a pas de temps à perdre, la ministre doit se saisir de nouveaux dossiers », conclut Philippe Louis.