Energie: bilan «plus que mitigé» de l'ouverture à la concurrence, selon le Médiateur

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Les consommateurs qui ont changé de fournisseur d'énergie n'ont pas toujours été satisfaits de la qualité du service
Les consommateurs qui ont changé de fournisseur d'énergie n'ont pas toujours été satisfaits de la qualité du service — Pierre Andrieu AFP

Le Médiateur de l'énergie a dressé mardi un bilan «plus que mitigé» de l'ouverture à la concurrence dans le gaz et l'électricité : cette dernière, très partielle, est loin d'être synonyme de baisse des prix et se traduit par davantage de litiges avec les fournisseurs.

Sept ans après l'ouverture à la concurrence du marché de l'énergie, «si une courte majorité de Français sait qu'il est possible de changer de fournisseur, seuls 10% des ménages ont franchi le pas», observe l'autorité publique indépendante dans son rapport annuel.

Résultat, les anciens monopoles historiques EDF et Engie (ex-GDF Suez) se taillent toujours la part du lion. Dans le gaz, où les nouveaux entrants n'ont attiré que 16,7% des consommateurs particuliers, et encore plus dans l'électricité, où ils n'avaient conquis que 9,6% du marché à la fin de l'année 2014.

De plus, «si la concurrence devait apporter une baisse des prix, celle-ci est loin d'être au rendez-vous, particulièrement pour l'électricité», ajoute le Médiateur national de l'énergie.

L'autorité, créée en 2006 pour défendre les consommateurs d'électricité et de gaz, calcule que la facture de courant s'est envolée de 33% depuis 2007 pour les clients aux tarifs réglementés utilisant un chauffage électrique et de 35% pour ceux utilisant un autre mode de chauffage. Côté gaz, la hausse atteint 36% pour les clients aux tarifs réglementés se chauffant avec cette énergie.

Pour les ménages passés aux prix de marché, la hausse est «peut-être un peu moins élevée», mais en tout cas, «il n'y a pas eu de baisse, alors qu'on a vendu l'ouverture à la concurrence aux Français en disant: +Ca va faire baisser les prix+», a observé le médiateur national, Jean Gaubert, au cours d'une conférence de presse.

Ce dernier attribue la hausse des prix de l'électricité à l'alignement sur la moyenne européenne et aux subventions aux énergies renouvelables. Et il estime que la tendance devrait se poursuivre avec les investissements à venir dans le parc nucléaire.

Enfin, «pour les consommateurs qui ont franchi le pas (du changement de fournisseur, NDLR), la satisfaction n’a pas toujours été au rendez-vous», souligne l'autorité, qui «a observé une recrudescence de litiges, concernant des fournisseurs nouveaux entrants».

Jean Gaubert a en particulier épinglé l'italien Eni, opérateur qui présente la plus forte proportion de réclamations (220 pour 100.000 contrats) et n'a «pour le moment pas pris de mesures pour y remédier».

L'autorité constate des problèmes liés au démarchage à domicile, des consommateurs qui se voient réclamer des sommes alors qu'ils ne sont plus clients chez Eni, ainsi qu'un manque de suivi dans le traitement des réclamations, a expliqué M. Gaubert.

Deuxième mauvais élève, le belge Lampiris, avec 157 litiges pour 100.000 contrats. Ce dernier a eu du mal à gérer l'afflux de nouveaux clients après avoir remporté l'appel d'offres groupé d'UFC Que Choisir, mais après «un démarrage difficile», les choses vont «nettement mieux», a estimé Jean Gaubert, nommé à la tête du médiateur de l'énergie en novembre 2013.

- «Vulnérabilité énergétique» -

Au total, le médiateur a été saisi de 14.412 réclamations en 2014, soit 4,2% de moins que l'année précédente. Un peu moins d'un tiers d'entre elles ont été jugées recevables, et une «solution satisfaisante» y a été trouvée dans 65% des cas, selon un bilan du médiateur.

Le médiateur salue par ailleurs la mise en place prévue par la loi sur la transition énergétique du chèque énergie pour les plus modestes, une mesure qu'il appelait de ses voeux.

Mais il regrette que sa généralisation ne soit prévue qu'en 2018 et souligne que son montant est pour le moment inconnu. L'autorité plaide pour un montant «de l'ordre de 250 euros par foyer», ce qui supposerait une enveloppe d'un milliard d'euros.

Il réclame aussi la mise en place d'un «fournisseur de dernier recours», comparable au service bancaire universel, pour les ménages faisant l'objet d'une résiliation de contrat à l'initiative du fournisseur.

L'Observatoire national de la précarité énergétique (ONPE) a évalué en octobre à 5,1 millions le nombre de foyers en situation de «précarité énergétique», en prenant pour critère le «ressenti du froid».

Et en janvier, une étude de l'Insee comptabilisait 5,9 millions de ménages en «vulnérabilité énergétique», c'est-à-dire contraints de consacrer une part importante de leurs revenus au chauffage et aux pleins de carburant pour leur voiture.