«Bulle carbone»: La COP21 va-t-elle provoquer une nouvelle crise financière mondiale?

FINANCE Le groupe des Verts du Parlement européen et l'ONG 350.org organisent ce mardi à Paris une conférence internationale sur le désinvestissement carbone...

Céline Boff

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Une usine à charbon à Rommerskirchen dans l'ouest de l'Allemagne le 24 octobre 2014
Une usine à charbon à Rommerskirchen dans l'ouest de l'Allemagne le 24 octobre 2014 — Patrik Stollarz AFP

Et si la conférence de l’ONU sur le climat (COP 21), qui se tiendra en décembre à Paris, aboutissait à un véritable accord ? François Hollande en rêve. Mais il le sait : pour limiter la hausse de la température à +2°C par rapport à l’ère préindustrielle, il faudra laisser dans le sol 80 % des énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz) déjà découvertes.

Inciter les investisseurs à se détourner des placements à forte empreinte carbone

« Nous pouvons le vivre comme une contrainte, c’en est une, déclarait le président mi-juillet, mais c’est aussi une opportunité de bâtir un monde plus sûr et plus équitable. » Plus sûr… sauf pour les entreprises du secteur fossile.

« Leur valeur en bourse repose sur la taille de leurs gisements. Si elles doivent abandonner 80 % de leurs réserves, elles perdront 80 % de leur capitalisation… Une telle dévaluation entraînerait forcément un krach boursier », résume Nicolas Haeringer, chargé de campagne pour l’ONG 350.org en France. « Contrairement à ce que l’on croit, investir dans les énergies fossiles est donc un placement très risqué ». Ce risque sera au cœur d’une conférence organisée ce mardi à Paris par 350.org et le groupe des Verts du Parlement européen. Leur objectif ? Inciter dès à présent les investisseurs à se détourner des placements à forte empreinte carbone.

Les investisseurs se désengagent déjà

« A travers leur cotisation mutuelle, leur prime d’assurance ou leur assurance-vie en euros, les Français détiennent des actions des compagnies pétrolières », explique le professeur d’économie Christophe Boucher. « Toutefois, ils ne doivent pas s’inquiéter car la valeur des compagnies pétrolières ne s’effondrera pas du jour au lendemain. »

Thomas Porcher, économiste spécialiste du pétrole, partage cet avis : « Les investisseurs ont bien compris que le climat reste un problème secondaire pour beaucoup de pays, la meilleure des preuves est que certains Etats subventionnent les énergies fossiles ».

D’après le Fonds monétaire international (FMI), l’industrie fossile reçoit chaque année 4.770 milliards d’euros de subventions directes et indirectes (aides publiques, exonérations d’impôts, etc.). Soit 530 millions d’euros par heure. Pour Nicolas Haeringer, cela prouve que « la rentabilité du secteur est d’ores et déjà contestable». Certains s’interrogent, d’ailleurs. Début juin, le fonds de pension public de la Norvège – le plus gros fonds souverain au monde - a décidé de se désengager du charbon.

Il n’est pas le seul : « Nous constatons depuis un an et demi un retrait de la part des investisseurs. Ils ne semblent plus considérer cette énergie comme un produit d’avenir », analyse Thomas Porcher. En deux ans, les mastodontes du charbon New hope corporation et MetroCoal ont respectivement perdu 52 % et 100 % de leur capitalisation…

« Nous vivrons effectivement dans un monde sans pétrole »

Quant au pétrole, le prix du baril est tombé sous la barre des 50 dollars. « La hausse de la production et la fragilité de la Chine expliquent cette baisse. Mais les investisseurs commencent également à anticiper le fait que les compagnies ne pourront pas exploiter la totalité de leurs réserves », assure Christophe Boucher. « Si l’utilisation du terme « bulle carbone » relève de la propagande dans la mesure où il n’y aura pas d’éclatement soudain, nous vivrons effectivement dans un monde sans pétrole d’ici à 2040-2050, pas parce qu’il n’y en aura plus, mais parce qu’il ne sera plus possible de le brûler ».

Mais si, finalement, toutes les réserves étaient bel et bien brûlées ? Eh bien, la température progresserait de +4°C, ce qui menacerait notre sécurité alimentaire et l’approvisionnement en eau potable de plusieurs régions, tout en causant l’extinction de nombreuses espèces et la multiplication des événements climatiques extrêmes.

Il y aurait donc une hausse considérable du nombre de réfugiés climatiques, alors que les catastrophes naturelles ont déjà poussé 19,3 millions de personnes à quitter leur territoire en 2014, selon l’Observatoire des situations de déplacement interne.