Crise chinoise: Quelles conséquences sur l’économie française ?

CROISSANCE La faible reprise tant attendue en France ne devrait pas trop en pâtir...

Oihana Gabriel

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Illustration du krach boursier de lundi 24 août, dans un cabinet d'analyse boursière à Paris.
Illustration du krach boursier de lundi 24 août, dans un cabinet d'analyse boursière à Paris. — Francois Mori/AP/SIPA

Ralentissement logique ou crise durable ? Difficile d’évaluer pour le moment l’ampleur du krach chinois. Et ses conséquences. Après leur spectaculaire baisse lundi, mardi les bourses européennes ont repris des couleurs. «L'impact (de la crise chinoise) sur le court terme n'est pas d'une magnitude excessive sur l'économie française», a tenté de rassurer Emmanuel Macron ce mardi. La reprise en France est-elle menacée par cette crise ? Pas forcément répondent deux économistes, avec toute la prudence nécessaire.

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Tout d’abord parce qu’on ne peut dire si c’est un réajustement ou une véritable crise. Par ailleurs, l’institut de statistique chinois étant dépendant du pouvoir, les prévisions de croissance, (entre 2 et 8%...) sont sujets à caution.

Quel poids de la Chine dans l’économie française ?

La Chine est un partenaire important de la France, mais loin derrière nos voisins européens. Mathieu Plane, économiste  à l’OFCE souligne que « la Chine représente 5% de nos exportations (contre 17% vers l’Allemagne) et 8% de nos importations. Ce n’est pas négligeable, mais la reprise française est bien plus dépendante de la politique économique européenne que d’un éventuel ralentissement chinois. » En revanche, la France pourrait subir un impact indirect. En effet, Japon, Corée du Sud et surtout Allemagne sont des partenaires privilégiés de la Chine, par un effet de rebond si une crise chinoise fragilise durablement ces économies, la France pourrait en pâtir.

Un risque pour l’emploi ?

Les conséquences sur l’emploi, toujours potentielles, pourraient être paradoxales. Dans un premier temps, si nos exportations sont réduites cela pourrait se traduire par une légère baisse d’emplois dans les grands groupes présents en Chine. « Mais avec des salaires chinois qui n’ont fait qu’augmenter ces dernières années et une croissance économique moins importante, les entreprises françaises seront aussi moins incitées à délocaliser en Chine, nuance Jean-Paul Maréchal, économiste et enseignant à Paris Sud. D’ailleurs les Chinois eux-mêmes se sont mis à délocaliser des emplois au Laos, au Bangladesh… »

Et sur le patrimoine des Français ?

Si certains épargnants risquent de voir d’un mauvais œil l’effondrement boursier, les effets devraient être marginaux pensent les économistes. « Les ménages français sont beaucoup moins sensibles aux changements boursiers que les Américains. Ainsi, le patrimoine typique du Français se constitue aux deux tiers de biens immobiliers et d’un tiers de produits financiers. C’est l’inverse aux Etats-Unis, d’où un risque accru d’ « effet de richesse négative » qui produit une baisse de la consommation.» Au contraire, « le ralentissement économique de la Chine, premier consommateur de matières premières, s’accompagne d’une baisse du prix de ces matières premières, dont le pétrole. La facture énergétique des Français devrait donc être allégée », analyse Mathieu Plane.

Et pour les investissements ?

Certes, la France investit en Chine. Mais Jean-Paul Maréchal  dénonce un « effet de loupe » et souligne qu’un rapport de 2015 du cabinet Ernst & Young montrait qu’en 2014, la Chine avait perdu de son attractivité au bénéfice de l’Europe et des Etats-Unis.

Quels secteurs risquent d’être impactés ?

L’industrie au premier chef. La Chine risque de moins importer, notamment dans le secteur de la haute technologie, avions, voitures… « Globalement toutes les entreprises françaises qui exportent beaucoup en Chine risquent d’être touchées, avance Jean-Paul Maréchal. La classe moyenne chinoise adore les produits français de Danone ou Evian, parfois dix fois plus cher que le produit local, mais ils risquent d’y renoncer avec la baisse de leur niveau de vie ». Autre secteur à risque : le luxe. « Mais le secteur s’est déjà ralenti ces derniers mois avec la lutte anti-corruption», reprend l’économiste.  En effet, le Parti communiste chinois a estimé qu’il fallait arrêter les cadeaux somptueux aux fonctionnaires… Au point que le parti a demandé à ses responsables d’éviter de se montrer en public avec des montres plus onéreuses que des Tissot… » Enfin, le tourisme aurait du souci à se faire. La France est la troisième destination préférée des Chinois selon une étude d’Hotels révélée en juillet. Et ils sont habitués à faire du lèche-vitrine : ils dépensent 493 euros par jour. Or une classe moyenne touchée à la fois par la crise et par un yuan moins fort pourrait snober l'Hexagone.