Quand les entrepreneurs français draguent les ambassadeurs

REPORTAGE Pour la première fois, un speed-dating était organisé ce mardi après-midi par le Quai d’Orsay pour faciliter les contacts entre ambassades et PME françaises…

Oihana Gabriel

— 

Mardi 25 août, 180 ambassadeurs français ont reçu des entrepreneurs lors du premier speed-dating organisé au quai d'Orsay.
Mardi 25 août, 180 ambassadeurs français ont reçu des entrepreneurs lors du premier speed-dating organisé au quai d'Orsay. — O. Gabriel / 20 Minutes

Un échange de cartes de visite inédit. « Vous avez chacun droit à quinze minutes. Il faudra que vous fassiez votre affaire rapidement », s’amuse Laurent Fabius, à la fois ministre des Affaires étrangères et chef du commerce extérieur. Qui a pour cheval de bataille le développement d’une diplomatie économique. Et qui testait un nouveau concept au quai d’Orsay : un speed-dating entre 180 ambassadeurs français et des chefs de petites et moyennes entreprises et entreprises de taille intermédiaire. « Si c’est un succès, je le pense, nous renouvellerons l’expérience chaque année », promet le ministre. Et dans les trois salles où valsent les entrepreneurs entre chaque bureau invitant au voyage, l’effervescence et les agendas remplis de rendez-vous prouvent que l’idée a séduit.

Echange de cartes et prise de rendez-vous

Du côté des PME, bien sûr, qui n’ont pas toujours les contacts et les moyens de se déplacer dans des pays lointains. René Moundzika dirige Gis Global, une société immobilière qui aide les groupes français à trouver des bureaux en Afrique francophone. Né en France d’une mère camerounaise et d’un père congolais, il a voulu « faire le lien entre mon continent d’origine et mon pays d’adoption. C’était une très bonne idée de rattacher le commerce extérieur au quai d’Orsay. Les ambassadeurs sont nos premiers commerçants. Avec ces rencontres, ils peuvent toucher du doigt nos attentes. » A l’aide d’une brochure, René a commencé son tour de table par le Bénin. « L’ambassadrice m’a donné des contacts intéressants et a déjà prévu un rendez-vous avec son service économique. Car mon intérêt est double : les ambassades réfléchissent aussi à rationaliser leur implantation et nous pouvons les y aider. » Et René d’enchaîner avec un détour par les Comores, où sa société vient de s’implanter. « Nous sommes des ouvreurs de territoire, résume l’ambassadeur aux Comores. Nous tentons de mettre en adéquation les besoins de ces pays et les activités de ces entrepreneurs. »

Des rendez-vous qui permettent parfois des conseils ciblés, une prise de rendez-vous sur le terrain, un contact précieux… et un cours express d’économie pour ces diplomates. Cueta Kirov gère une coopérative qui souhaite développer le tourisme responsable et l’économie sociale et solidaire en Bulgarie. Et sa rencontre avec l’ambassadeur de ce pays, dont elle est originaire, semble fructueuse. « Il va essayer de soutenir notre projet et peut faciliter la prise de contacts avec des interlocuteurs en Bulgarie, mais aussi en France. Dans les pays de l’ancien bloc communiste, l’économie sociale et solidaire est dénigrée… parce que la solidarité fut longtemps imposée. »

Une centaine de demandes pour la Chine

Certains ambassadeurs croulent même sous les demandes. Maurice Gourdault-Montagne, basé à Pékin, a reçu une quinzaine de chefs d’entreprise parmi la centaine d’intéressés. Visiblement, la potentielle crise chinoise n’a pas refroidi les investisseurs. Secteur énergétique, offre touristique, groupes pharmaceutiques, les porteurs de projets se suivent et ne se ressemblent pas. « C’est un nouveau cadre pour voir de manière rapide des entreprises variées, pointues et innovantes, se réjouit l’ambassadeur. Souvent ils cherchent un co-investisseur chinois, un distributeur chinois… Nous pouvons leur donner des conseils sur la propriété intellectuelle, leur faciliter les démarches dans un marché difficile mais aux atouts énormes. »

Autre pays qui attire bien des convoitises : l’Iran. Un eldorado qui après dix ans d’embargo attend la fin des sanctions financières début 2016. Et les entreprises françaises s’y préparent. « Une mission du Medef a facilité la venue de 200 entreprises françaises en Iran, souligne l’ambassadeur. C’est un marché complexe qui est en train de s’ouvrir. Certains interlocuteurs sont venus pour un suivi de dossiers. Beaucoup d’entreprises françaises, parties lors de l’embargo, reviennent. Mais il y a aussi des nouveaux arrivants. Sur la quinzaine de rencontres, l’ambassadeur passe de la cosmétique, à l’imagerie médicale, puis au plastique… « Il y a une vraie curiosité pour l’Iran. C’est plus simple qu’ils viennent à moi plutôt que je leur cours après… »

L’Iran, un marché prometteur convoité par les groupes français