Pétrole: Pourquoi la chute du cours du brut ne se répercute pas totalement sur les prix à la pompe?

ENERGIE Le cours du baril de brut a chuté de 60 % depuis juin 2014 et flirte désormais avec la barre symbolique des 40 $ à la bourse de New-York (Etats-Unis)…

Vincent Vantighem

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Le cours du baril de pétrole brut est en chute depuis juin 2014.
Le cours du baril de pétrole brut est en chute depuis juin 2014. — Eric Cabanis AFP

L’Arabie Saoudite a oublié de fermer le robinet. L’Iran s’apprête à ouvrir le sien en grand. Mais les Chinois n’ont plus très soif. L’offre surabondante de pétrole dans un contexte de croissance ralentie continue de faire chuter le cours du baril de brut. Au New York Mercantile Exchange (Nymex), le tarif flirte encore ce mercredi avec les 40 $, soit 60 % de moins qu’en juin 2014.

Pas besoin d’avoir fait Polytechnique pour se rendre compte que le coût du plein de la Vespa n’affiche, lui, pas la même évolution. 20 Minutes explique pourquoi la chute des prix du brut ne se répercute pas sur les tarifs à la pompe…

Dans quelle proportion les prix à la pompe ont-ils baissé depuis un an ?

Toutes les semaines, le ministre de l’Ecologie et du développement durable met en ligne les prix moyens de vente de carburants en France. Cela permet de se rendre compte que le gazole a baissé de 13,1 % depuis juin 2014, le sans-plomb 95 de 9 % et le sans-plomb 98 de 8,13 %, selon les calculs de 20 Minutes. Le fioul domestique, lui, affiche une chute de 21,9 % sur la même période. On est tout de même loin des 60 % de dégringolade subie par le cours du baril de brut à la bourse de New York.

  • Explication n°1 : Le pétrole ne représente que 30 % du prix du carburant

Ça a l’odeur du pétrole, le goût du pétrole et même sa couleur. Mais en plaçant la pompe dans le réservoir avant de partir en week-end avec le labrador dans le coffre, vous ne payez pas que le fameux « or noir ». « Le pétrole brut en tant que tel représente un peu moins de 30 % du prix du carburant », confirme Stephan Silvestre, professeur à l’ESG et spécialiste des risques énergétiques.

Structuration du prix du carburant. - V.VANTIGHEM


Outre le pétrole, on paye donc le coût du raffinage (environ 7 %), de la distribution d’essence (7 %) et surtout des taxes (environ 60 %). Si la TVA – indexée sur le cours du pétrole – a donc baissé ces derniers mois, la Taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE), elle, reste fixe. A titre d’exemple, en 2014, la TICPE représentait 41,69 centimes par litre de gazole et 58,92 centimes par litre d’essence. Un coût inamovible quel que soit le prix du pétrole…

  • Explication n° 2 : Les industries de raffinage refont leurs marges

Dunkerque, Carling, Berre-L’étang… Ces cinq dernières années, plusieurs raffineries ont fermé leurs portes. « Elles étaient confrontées à de réelles difficultés économiques. Leurs marges étaient très basses, indique Stephan Silvestre. Aujourd’hui, elles ne répercutent pas totalement la baisse du prix du pétrole car cela leur permet de refaire les marges qu’elles ont abandonnées pendant des années. » Idem pour les entreprises de distribution qui ont, également, beaucoup souffert de la crise.

  • Explication n°3 : L’Euro a fortement baissé ces derniers mois

Le pétrole s’achète en dollars. Une réalité qui fait mal à l’euro qui perd de sa valeur par rapport au billet vert. En baisse depuis mars 2014, notre monnaie a donc atténué les effets attendus de la chute des prix du pétrole.

Cours de l’euro face au dollar. - V.VANTIGHEM


L’Etat profite-t-il de la baisse du prix du pétrole ?

Suspect idéal, l’Etat ne profite finalement pas tant que cela de la baisse du prix du « brent ». Tout simplement parce qu’il tire ses ressources de la TVA. Et que celle-ci est indexée sur les cours du carburant. « Cette année, l’Etat escomptait un peu plus de 4 milliards de revenus sur la TVA liée aux produits pétroliers, explique ainsi Denis Ferrand, directeur général du Centre d’observation économique Coe-Rexecode. Mais au premier semestre, elle n’a engrangé que 320 millions. Si la tendance se poursuit, cela conduira à un manque à gagner de 3,6 milliards d’euros pour l’Etat. »

Malgré tout, elle peut se réjouir de cette baisse pour l’économie française. Transporteurs, industriels, particuliers, l’économie devrait gagner 16 milliards d’euros au total sur l’année 2015 en raison de la chute du brut. C’est toujours ça de pris…