Crise du porc: Comment fixe-t-on le prix de la viande qui fait tourner les éleveurs en bourrique?

AGROALIMENTAIRE « 20 Minutes » décrypte le processus de fixation du prix du kilo de porc alors qu’une crise a éclaté entre les industriels et les éleveurs…

Vincent Vantighem

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Deux cochons de l'élevage de porc de Nicolas Leborgne de Pluduno, dans les Côtes-d'Armor, le 2 mars 2015
Deux cochons de l'élevage de porc de Nicolas Leborgne de Pluduno, dans les Côtes-d'Armor, le 2 mars 2015 — Damien Meyer AFP

C’est une petite ville bretonne de 14.000 habitants connue pour son joli port et ses falaises culminant à 68 mètres d’altitude. Mais ce n’est pas pour ses attraits touristiques que Plérin (Côtes-d’Armor) fait, depuis lundi, les gros titres de l’actualité.

Décryptage : Tout comprendre à la crise du porc

Abritant le Marché du porc breton (MPB), Plérin sert, depuis quarante-trois ans, de référence pour fixer le prix du kilo de porc lors de deux séances hebdomadaires de cotation où industriels et éleveurs tentent d’établir les cours du cochon.

C’est justement parce que deux industriels ont décidé, depuis lundi, de boycotter ces séances de cotation que la profession redoute, désormais, l’effondrement du système. 20 Minutes lève le voile sur la façon dont les prix du porc sont fixés.

Que représente le marché de Plérin pour les professionnels du porc ?

Avec 62.000 porcs vendus en moyenne chaque semaine, le MPB n’accueille finalement que 17,5 % de la production française. Mais c’est le prix qu’il fixe qui sert de référence pour tous les éleveurs et industriels de France. Lors de deux séances, les lundi et jeudi, les coopératives représentant les éleveurs proposent aux industriels de l’abattage et de la transformation des lots de 50 à 500 porcs à acheter sur catalogue.

Crédit : Marché du porc breton.

Comment est fixé le prix d’un lot ?

Le chef de la salle de vente débute la séance en indiquant le prix moyen de la précédente cotation. Le premier lot – tiré au sort – est donc proposé à ce prix. Commence alors une série d’enchères dégressives. Sur un écran, le prix au kilo descend de 0,001 centime par 0,001 centime. Quand un industriel est enfin intéressé, il appuie sur le bouton d’un petit boîtier qui signifie qu’il est prêt à acheter. La coopérative qui vend donne alors son accord sur le prix ou non.

Il existe un seuil appelé « prix de retrait » au-dessous duquel le lot ne peut plus être vendu pour éviter que les industriels ne fassent mécaniquement tomber les cours. Lors de la dernière séance, le 6 août, la séance a débuté au prix de 1,423 euro le kilo. Les lots ne pouvaient pas être vendus en dessous du prix de 1,381 euro le kilo.

Que se passe-t-il si un lot n’est pas vendu ?

Chaque lot peut être proposé deux fois à la vente au cours d’une séance. Si au final, il ne trouve toujours pas preneur, l’éleveur peut encore le proposer la semaine suivante. « Mais du coup, il doit continuer à le stocker dans son élevage en attendant, et cela génère des problèmes », précise Paul Auffray, président de la Fédération nationale porcine (FNB).

La gestion des stocks pose problème aux éleveurs - REVELLI-BEAUMONT/SIPA

Quels sont les critères qui font varier les prix d’un lot à l’autre ?

Ils sont nombreux. La situation géographique de l’élevage, les facilités d’accès des camions dans l’exploitation et la proximité d’un abattoir peuvent ainsi faire grimper le prix d’un lot particulier. « Les petits lots partent aussi plus difficilement, précise à 20 Minutes une source au sein du Marché. Car les industriels ne veulent pas faire partir des camions à moitié vides. » Enfin, la saison a, elle aussi, son importance. Durant les périodes estivales où la demande en viande pour grillades est importante, les prix ont l’habitude de grimper.

Le prix français dépend-il de celui pratiqué à l’étranger ?

Tous les mercredis matin, les gérants du Marché du porc breton organisent une conférence téléphonique avec leurs homologues allemands, italiens, espagnols et belges. « C’est un moyen de sentir les prix qui se pratiquent ailleurs, note-t-on au sein du Marché français. Mais c’est surtout la cotation allemande qui est regardée de près. » Avant l’ouverture du Marché, les coopératives d’éleveurs et les industriels sont informés de la situation internationale afin de leur permettre d’affiner leur stratégie.

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