Photo d'archives montrant un éleveur de porcs surveiller une opération de contrôle de la provenance des animaux, le 8 mars 2015, à Brennilis, dans l'ouest de la France.
Photo d'archives montrant un éleveur de porcs surveiller une opération de contrôle de la provenance des animaux, le 8 mars 2015, à Brennilis, dans l'ouest de la France. — AFP PHOTO / DAMIEN MEYER

DECRYPTAGE

Cinq questions pour tout comprendre à la crise du porc

Depuis lundi, deux industriels majeurs de la transformation de viande empêchent toute cotation au Marché du Porc Breton, jugeant que le cours à 1,40 euro le kilo est trop cher face à leurs concurrents européens…

Le bras de fer n’est pas terminé. Alors que le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, colmate les différentes crises de l’élevage en convoquant des réunions de filière entre producteurs, transformateurs industriels et distributeurs pour enrayer l’effondrement des cours, certains font toujours de la résistance. Depuis lundi, c’est à nouveau sur la viande de porc que porte la crise, deux industriels majeurs de la transformation faisant barrage. Explications.

Que s’est-il passé lundi ?

La Cooperl et Bigard/Socopa, respectivement n°1 français du porc et leader de la viande en France, qui représentent 30 % du marché du porc, ont décidé de ne pas participer au Marché du Porc Breton (MPB) à Plérin (Côtes d’Armor). Dans un courrier daté du 6 août envoyé à ses quelque 2.700 agriculteurs adhérents, la Cooperl souligne que son « effort ira en totalité à l’abattage et à la valorisation des porcs de nos adhérents », annonçant la suspension de ses achats externes au cadran à compter de lundi.

C’est quoi le MPB ?

Ce marché assure 25 % des ventes de porcs en Bretagne, et 18 % au niveau national. Ses cours, fixés deux fois par semaine (le lundi et le jeudi), servent de référence au plan national. L’absence des deux plus gros acheteurs lundi a empêché toute cotation, car sans eux « le prix ne peut pas être représentatif », a expliqué Jean-Pierre Joly, directeur du MPB. L’absence de cotation n’empêche pas les éleveurs de tenter de vendre en direct aux abattoirs, mais la négociation, faute de prix de référence, peut se révéler plus difficile.

Pourquoi la Cooperl et Bigard/Socopa ont-ils pris cette décision ?

Parce qu’ils jugent que le cours du porc à 1,40 euro le kilo, fixé avec le gouvernement le 12 juin pour tenter de résoudre la crise traversée par les éleveurs, est trop cher. Les industriels français, qui exportent 30 % de leur production, doivent en effet faire face, à l’export comme en France, à des concurrents européens qui pratiquent des prix bas grâce à des exigences sociales ou environnementales moins contraignantes. Dans son courrier la Cooperl souligne ainsi qu’« à ce jour, 25 centimes séparent le cours français du cours allemand », qui a été brutalement abaissé ces derniers temps.

Le syndicat des industriels de la viande (SNIV-SNCP) ajoute dans un communiqué qu’en face, « le secteur charcuterie-salaison considère que les viandes européennes sont meilleures que les viandes françaises (elles sont en réalité moins chères) » et que la grande distribution « n’a pas encore renoncé à sa politique de guerre des prix ».

Comment ont réagi les autres acteurs ?

Paul Auffray, le président de la Fédération nationale porcine (FNP), a dénoncé un « chantage et une prise en otage des éleveurs » par Bigard et la Cooperl, qui « voudraient que les prix baissent de 15 centimes par kilo ». Il a également fustigé les « pratiques mafieuses » des industriels allemands et espagnols, « qui tournent à 5 euros de l’heure et s’assoient sur les normes sociales avec l’approbation de la Commission européenne ».

Le président des centres Leclerc, Michel-Edouard Leclerc, a lui confirmé ce mardi sur son blog la position d’achat de porcs de ses abattoirs à 1,40 euro le kilo lors de la prochaine cotation au MPB jeudi, soulignant toutefois que « la situation ne sera pas tenable à moyen terme » s’il n’y a que « deux gros opérateurs à jouer le jeu ».

Et du côté du gouvernement ?

Le Premier ministre Manuel Valls a minimisé les conséquences de la décision de la Cooperl et Bigard/Socopa, estimant que le marché du cadran « ne représente qu’une petite partie des transactions dans ce domaine ». Le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, appelé par des éleveurs de la FDSEA 22 (Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles) à porter la situation au niveau européen, a pour sa part promis ce mardi que « tout sera mis œuvre » pour que les cotations du porc reprennent jeudi à Plérin.