Royaume-Uni: Coup d'envoi de la privatisation de la Royal Bank of Scotland

BANQUES La banque avait été sauvée par l'État britannique pour près de 65 milliards d'euros pendant la crise financière de 2008-2009...

20 Minutes avec agences

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La Royal Bank of Scotland (RBS) à Londres, le 27 janvier 2012
La Royal Bank of Scotland (RBS) à Londres, le 27 janvier 2012 — Carl Court AFP

L’État britannique a donné, ce mardi, le coup d’envoi de la privatisation de la Royal Bank of Scotland (RBS), en vendant à perte 5,4 % de la banque, sept ans après son sauvetage par des fonds publics durant la crise financière.

Les 2,1 milliards de livres (près de 3 milliards d’euros) tirés de cette vente au prix de 330 pence par action seront ainsi utilisés pour réduire la dette publique, ramenant, en outre, la part de l’Etat à 72,9 % dans le capital du groupe financier. « C’est une première étape importante pour renvoyer la banque au privé, chose qui encouragera la stabilité financière, conduira à un secteur bancaire plus compétitif et soutiendra les intérêts de l’économie dans son ensemble », s’est félicité le chancelier de l’Échiquier, le conservateur George Osborne.

 

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Les Travaillistes avaient ordonné l’acquisition d’environ 80 % du capital

La banque avait été sauvée par l’État britannique pour 45,5 milliards de livres (près de 65 milliards d’euros au taux de change actuel) pendant la crise financière de 2008-2009, le gouvernement travailliste de l’époque ayant ordonné l’acquisition d’environ 80 % du capital.

Revenus au pouvoir en 2010, les conservateurs souhaitaient par principe ramener RBS dans le giron privé, mais avaient repoussé cette privatisation jusqu’à présent car le cours de l’action RBS restait loin du niveau payé par les pouvoirs publics il y a sept ans (502 pence par action). George Osborne a toutefois fini par accepter de vendre une première tranche à perte, espérant que le cours se reprendra par la suite.

L’action RBS dévisse à Londres

A la Bourse de Londres, l’action RBS a pourtant perdu 0,41 % à 336,2 pence mardi matin, ce qui n’a pas inquiété le chancelier de l’Échiquier : « la solution de facilité serait de contourner cette décision difficile et de laisser RBS dans les mains de l’Etat. Mais la bonne chose à faire pour l’économie et le contribuable est de commencer à vendre notre part, et c’est ce que nous faisons. »

L’opposition travailliste, elle, a aussitôt critiqué cette vente jugée précipitée, soulignant que le contribuable perdait près d’un milliard de livres dans l’opération par rapport à l’investissement de départ. Ian Gordon, analyste spécialiste du secteur bancaire chez Investec, se dit pour sa part « perplexe quant au choix du moment », alors que, selon lui, l’action RBS devrait augmenter ces prochains 6 à 12 mois, après le règlement prévu de plusieurs différends avec les autorités américaines, dont l’attente pèse aujourd’hui sur les cours.

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Prêts immobiliers toxiques et suppression d’emplois

La banque risque notamment une amende de plusieurs milliards de dollars dans une affaire de produits financiers adossés à des prêts immobiliers toxiques élaborés juste avant la crise financière. Reste que l’établissement a déjà beaucoup avancé sur la voie de sa restructuration ces dernières années, au prix notamment de milliers de suppressions d’emplois, le groupe ayant choisi de délaisser ses grandes ambitions mondiales d’avant la crise pour se recentrer sur le Royaume-Uni et l’activité de banque de détail.

Du point de vue de l’État enfin, cette vente entre dans le cadre d’un vaste plan de privatisations menées pour réduire la dette publique. Londres est notamment en train de céder progressivement ses parts dans l’autre grande banque sauvée pendant la crise, Lloyds Banking Group, dont il ne possède désormais plus que 14 %. Le gouvernement a aussi vendu la moitié des 30 % qui lui restaient dans le groupe postal Royal Mail.