Faut-il avoir peur du krach boursier chinois?

FINANCE L'effondrement des Bourses chinoises est couplé à l’essoufflement de la croissance de la deuxième puissance économique mondiale…

Laure Cometti

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Un homme passe devant un tableau des cours financiers à Huaibei, dans la province chinoise d'Anhui, le 27 juillet 2015.
Un homme passe devant un tableau des cours financiers à Huaibei, dans la province chinoise d'Anhui, le 27 juillet 2015. — Xie Zhengyi/AP/SIPA

Les Bourses chinoises ont-elles perdu la tête ? Depuis quelques semaines, les principaux indices du pays ont accusé des chutes historiques, parvenant difficilement à se stabiliser ce mercredi. Pourquoi se sont-ils brusquement effondrés ? L’éclatement de cette bulle financière peut-il avoir des conséquences sur l’économie mondiale ?

Que se passe-t-il sur les marchés boursiers chinois ?

Après l’explosion de la bulle immobilière, en 2014, les Chinois ont commencé à investir en bourse, encouragés par l’Etat qui souhaitait doper l’investissement dans les entreprises nationales. « Il y a eu un gros appel d’air », souligne Sylvain Broyer, responsable de la recherche économique chez Natixis. Entre juillet 2014 et juin 2015, l’indice composite de Shanghai, le principal du pays, a gagné 150 %.

Après une telle hausse exponentielle, le « boom » était prévisible. De fait, dès la mi-juin, les places financières chinoises ont commencé à dévisser. Les Bourses de Shenzhen et de Shanghai ont chuté d’environ 30 %. Lundi, l’indice composite de Shanghai a perdu 8,5 % de sa valeur, sa plus forte chute enregistrée en une journée depuis huit ans.

 

Pourquoi cette soudaine chute des cours boursiers ?

D’une part, c’est un mouvement logique de rééquilibrage : après des mois de hausse des cours, les actionnaires revendent leur mise. Ce phénomène est accentué par la nature de l’actionnariat chinois, composé « majoritairement d’investisseurs particuliers, sans formation en finance, avec un comportement moutonnier », analyse Claude Meyer, spécialiste de l’économie chinoise* et chercheur à l’IFRI.

L’Etat a décidé de prendre des mesures exceptionnelles pour contenir l’affolement et éviter la faillite des petits porteurs, mais « elles se sont révélées inefficaces », note-t-il. Faute de parvenir à stabiliser le marché, Pékin a transmis des instructions aux médias chinois, leur intimant de « ne pas exacerber la panique ou la tristesse » et notamment de ne pas employer les mots « effondrement » ou « flambée », selon le site China Digital Times.

Ce krach boursier peut-il affecter l’économie chinoise ?

C’est peu probable. L’économie chinoise et le marché des capitaux sont décorrélés. « Seuls 3 % de l’épargne des ménages est investie en bourse et 12 % des entreprises sont financées par des actions », rappelle Sylvain Broyer. L’économie chinoise est « très solide, avec d’importantes réserves », renchérit Claude Meyer.

« Néanmoins, la baisse des cours crée un manque à gagner pour les investisseurs. Cela se répercute sur le pouvoir d’achat, donc sur la consommation des ménages, déjà en berne », explique-t-il. Une mauvaise nouvelle pour la deuxième puissance économique mondiale dont la croissance s’essouffle. Elle s’est tassée à 7 % début 2015, alors qu’elle était de 8 % en 2013. Selon le Fonds monétaire international (FMI), elle devrait atteindre 6,8 % en 2015. Mais certains économistes moins optimistes tablent plutôt sur une croissance de 6 %.

 

Existe-t-il un risque de contagion ?

Certes, les Bourses européennes et américaines réagissent, à la hausse comme à la baisse, aux variations des indices chinois. Mais le krach boursier ne risque pas de se propager. En revanche, le ralentissement économique de la Chine a des répercussions sur l’activité des groupes internationaux, comme Volkswagen, leader mondial de l’automobile, qui a revu ses ventes à la baisse face à la contraction du marché chinois.

Le commerce international risque d’être affecté si la Chine ne retrouve pas un moteur de croissance, par exemple à travers l’innovation, la montée en gamme et le développement des services. « Or la politique interventionniste de l’Etat suite au krach remet en question la transition d’une économie administrée à une économie de marché », souligne Claude Meyer. Il faut donc suivre de près les Bourses chinoises…

 

*Auteur de La Chine, banquier du monde (éditions Fayard, 2014).