Télécoms: Les 3 enjeux de l'attribution de nouvelles fréquences très haut débit

TELECOMS L'Etat a notamment fixé comme condition d'obtention une meilleure couverture des zones reculées...

Anissa Boumediene

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Illustration d'une antenne relais à Nantes.
Illustration d'une antenne relais à Nantes. — SALOM-GOMIS SEBASTIEN/SIPA

Les enchères sont prévues pour la fin d’année, mais les opérateurs télécoms sont déjà dans les starting-blocks pour acquérir de nouvelles fréquences très haut débit. Ce jeudi, Emmanuel Macron, le ministre de l’Economie, et Axelle Lemaire, la secrétaire d’Etat chargée du Numérique, ont signé l’arrêté fixant « les conditions d’attribution des fréquences de la bande 700 MHz », qui seront proposées à la vente en six blocs de fréquences qu’Orange, SFR, Bouygues Télécom et Free vont vouloir rafler. 20 Minutes vous dévoile les enjeux de cette vente pour les opérateurs, les consommateurs et l’Etat.

Quel est l'intérêt pour les opérateurs ?

Si les trois opérateurs historiques détiennent déjà une bonne partie des fréquences 800 et 900 MHz, la vente de fréquences dans la bande 700 MHz aiguise les appétits de tous. « Ce sont des fréquences en or : elles ont en effet le double avantage de diffuser à l’intérieur des bâtiments, mais aussi sur de longues distances », décrypte Antoine Géron, manager au sein de Polyconseil, un cabinet de conseil en stratégie spécialisé dans les nouvelles technologies. « C’est une économie considérable en termes de déploiement, un opérateur aura besoin de moins d’antennes pour couvrir la même zone géographique. Or une antenne vaut plusieurs dizaines de milliers d’euros », poursuit l’expert.

Et à ce jeu-là, le petit Poucet des quatre opérateurs, Free, aimerait bien tirer son épingle du jeu, lui qui possède moins de fréquences que les autres. D’autant que la procédure entend « limiter les déséquilibres entre opérateurs », qui ne peuvent notamment pas prendre « plus de trois blocs dans la bande 700 MHz ». L’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep) n’a pas pour autant accepté de réserver un bloc à Free. « Nous aurions voulu un système garantissant à chaque opérateur de pouvoir se positionner sur un bloc, ce qui aurait permis au plus faible, Free, d’être assuré d’avoir au moins un bloc, pour éviter un amoindrissement de la concurrence, regrette Antoine Autier, chargé de mission nouvelles technologies à l’UFC Que Choisir. La fréquence, c’est la matière première d’un opérateur. »

Que vont y gagner les consommateurs ?

« Ces nouvelles fréquences vont fournir aux consommateurs davantage de capacité mobile, dont la demande croît. Vidéos, applis, etc., ces échanges seront désormais plus rapides et efficaces », explique Antoine Géron. Elles seront d’abord dévolues au renforcement de la 4G puis permettront à l’avenir de développer la 5G.

Avec ces fréquences en or, les opérateurs devront assurer une couverture en très haut débit mobile « aux zones les plus rurales », relève Antoine Autier, qui se réjouit de cette « meilleure accessibilité mobile », mais aussi aux « 29 000 km de lignes ferroviaires ». De quoi couvrir en haut débit les trains empruntés chaque jour par des millions d’usagers des TER, Transilien et RER.

Est-ce une bonne opération pour l’Etat ?

C’est même une très bonne opération. Avec un prix de réserve fixé à 2,5 milliards d’euros, soit 416 millions d’euros le bloc de fréquences, cette vente aux enchères, où les prix pourraient s’envoler, va rapporter gros à l’Etat.

« Attention, avertit toutefois Antoine Autier : l’Etat ne peut pas d’un côté agiter au nez des opérateurs la demande de meilleure concurrence réclamée par les consommateurs et de l’autre mettre en place un système de distribution des fréquences qui pousse les opérateurs à débourser ». « C’est vrai qu’à force d’acheter de nouvelles fréquences, cela devient plus compliqué pour les opérateurs à rentabiliser », abonde l’expert en télécoms. Avec un risque potentiel de répercussions sur la facture pour les clients.