Nucléaire: Areva aurait connu de longue date les anomalie de cuve de l’EPR de Flamanville

INDUSTRIE Selon les révélations du «Canard Enchainé», de premiers examens aux résultats inquiétants remonteraient à 2007…

Claire Planchard

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Le site de l'EPR de Flamanville en construction, le 6 novembre 2014
Le site de l'EPR de Flamanville en construction, le 6 novembre 2014 — Charly Triballeau AFP

Pourquoi l’Autorité de sûreté nucléaire n’a-t-elle pas été informée plus tôt des malfaçons de la cuve du réacteur de troisième génération EPR développé par Areva à Flamanville (Manche) ? C’est la question à laquelle le groupe nucléaire français doit répondre après les révélations du Canard Enchainé.

L’acier fragilisé par une forte concentration de carbone

L’hebdomadaire satirique a dévoilé ce mercredi une note technique de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) adressée début avril au président de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Ce document de 32 pages pointe une « anomalie de la composition de l’acier » de la cuve, un dysfonctionnement qui touche un équipement ultrasensible situé au cœur même de la centrale.

La cuve de l’EPR de Flamanville sous l’oeil des parlementaires

Plus grave encore, cette note fait état d’« analyses chimiques effectuées au cours de la fabrication » du couvercle de la cuve, dans la forge d’Areva au Creusot (Saône-et-Loire) en septembre 2006. Ces tests avaient alors révélé une teneur excessive en carbone réduisant la résistance de l’acier à la propagation de fissures… mais « n’avaient pas conduit alors à s’interroger sur l’origine et les conséquences potentielles de cette ségrégation », précise le document.

Démenti formel d’Areva

Si Areva a eu connaissance de tels risques dès 2006, pourquoi alors n’en a-t-elle pas informé les gendarmes du nucléaire ? Interrogée par Le Monde, la directrice des systèmes nouveaux réacteurs et démarches de sûreté à l’IRSN, qui a rédigé le document indique n’avoir été « informés qu’en 2015, par une note d’Areva datant de 2010 ». « Nous ne savions absolument rien avant », précise-t-elle.

Areva de son côté dément formellement toute tentative de dissimulation ; Le groupe affirme que l’ASN n’a réclamé qu’en 2012 des tests de résilience et de teneur en carbone de la cuve. « Leurs résultats lui ont été communiqués dès la fin des analyses », explique un porte-parole du groupe nucléaire cité par Le Monde. «Les données ont été transmises en 2008 à l’autorité de sûreté. On a effectivement réalisé des vérifications de teneur en carbone qui servent à orienter la pièce pour la suite des opérations de fabrication. On a tous les éléments de preuve pour démontrer que nos fabrications ont le plus haut niveau de sûreté », a par ailleurs réagi sur France Info Patrick Poret, directeur de la ligne de fabrication Equipements lourds chez Areva.

Selon les informations du Monde, le géant nucléaire n’exclurait pas toutefois une faille dans le contrôle qualité : Un expert indépendant, la société franco-britannique Lloyd’s Register Apave Limited, a été mandaté pour mener un audit externe des usines du Creusot et de Châlon Saint-Marcel, en Saône-et-Loire en parallèle à une revue interne.