Crise grecque: Pourquoi l'Allemagne est inflexible

DETTE Dans le bras de fer qui oppose la Grèce au reste de la zone euro, l’Allemagne semble particulièrement attachée au respect des règles…

Oihana Gabriel

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La Chancelière allemande Angela Merkel devant l'Elysée le lundi 6 juillet 2015 après la réunion avec François Hollande sur la Grèce.
La Chancelière allemande Angela Merkel devant l'Elysée le lundi 6 juillet 2015 après la réunion avec François Hollande sur la Grèce. — AFP

Une Allemagne trop intransigeante ? Une Grèce trop laxiste ? Dans le bras de fer européen qui se poursuit par un énième sommet de la dernière chance ce mardi à 16h30, une opposition frontale entre Allemagne et Grèce semble se dessiner. Angela Merkel a déclaré devant le Bundestag mercredi dernier « Un bon Européen est celui qui respecte les traités européens », marquant ainsi son attachement aux règles de la zone euro… et envisageant un Grexit.

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Les raisons historiques

Si depuis le référendum de dimanche, Angela Merkel met un peu d’eau dans son vin, elle appelle toujours à des efforts significatifs de la part de la Grèce. Pourquoi une telle intransigeance ? L'Allemagne est réputée pour sa méfiance vis-à-vis des dettes. « Cela renvoie au traumatisme de 1923 : après le Traité de Versailles, le ReichsMark entre dans une dérive inflationniste, rappelle Serge Cosseron, historien spécialiste de l’Allemagne. Pour acheter du pain, il fallait des milliards… Autant en 1918, l’Allemagne a connu peu de destructions, autant l’inflation a transformé l’Allemagne en champs de ruine. Deuxième traumatisme : la crise de 1929 qui a donné lieu au nazisme. Même si ces événements datent d’un siècle, ils restent très prégnants dans la mentalité allemande. »

Autre explication : l’attachement des Allemands à une monnaie forte. « La monnaie est plus un instrument en France, où on n’hésite pas à dévaluer, alors qu’en Allemagne c’est un dogme, reprend l’historien. On ne joue pas avec la monnaie. Le passage à l’euro a été vécu comme une déperdition. » L’Allemagne a d’ailleurs accepté cette union monétaire à condition que des règles de bonne conduite budgétaire strictes soient respectées. « Or, les Grecs ont dépassé cette ligne rouge et ont choqué l’Europe en truquant les statistiques et en vivant pendant au-dessus de leurs moyens », précise Henrik Uterwedde, chercheur à l’Institut franco-allemand.

Les raisons diplomatiques

Pour lui, ce n’est pas l’arrivée au pouvoir de Syriza qui a crispé les relations germano-hellènes, mais des négociations virant au pugilat. « De part et d’autre, les excès de langue ont cassé la confiance », résume ce chercheur. En effet, certains propos des nouveaux dirigeants grecs ont blessé les Allemands. Les noms d’oiseaux échangés entre les ministres des Finances grec et allemand et l’évocation de la dette allemande vis-à-vis de la Grèce datant de la Deuxième guerre mondiale n’ont fait qu’envenimer les choses.

Les raisons politiques

Le ton ferme de l’Allemagne s’explique aussi par la crainte que d’autres pays endettés ne réclament à leur tour l’annulation de leur ardoise. « L’Allemagne craint l’effet de contagion », reprend Henrik Uterwedde. Mais pour lui, des raisons de politique intérieure ont aussi poussé Angela Merkel à durcir sa position. « La grogne des Allemands, qui trouvent dans leur majorité que l’Europe fait trop de concessions à la Grèce et la montée du parti de droite Alternative für Deutschland mettent la pression sur Angela Merkel. La CDU a peur de voir se dresser sur sa droite un nouveau parti qui rassemblerait les déçus de l’Europe et elle a donc peu de marges de manœuvre pour concocter des compromis. » D’autant qu’elle s’est engagée à ce que les prêts à la Grèce ne pèsent pas sur les contribuables allemands.

Un ton ferme partagé par les Européens

Mais pour Henrik Uterwedde, il serait caricatural de dessiner une opposition uniquement entre l’Allemagne et la Grèce. « Certes, ce pays met l’accent sur la discipline budgétaire et tient le rôle de "bad cop" dans l’Europe, mais il n’est en aucun cas isolé, nuance le chercheur. Les pays de l’Europe de l’Est sont sur la même longueur d’ondes. Ces derniers mois, ce n’est pas l’Allemagne qui était en première ligne pour critiquer la Grèce mais le Portugal et d’autres pays qui ont fait des réformes douloureuses. »