La Grèce peut-elle sortir de la zone euro?

ECONOMIE Aucun traité européen ne prévoit une telle sortie…

F.V.

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Des pièces de monnaie en euros s(illustration).
Des pièces de monnaie en euros s(illustration). — Philippe Huguen AFP

Le rejet massif du plan des créanciers de la Grèce a précipité le pays dans l’incertitude sur son maintien dans la zone euro. Dans le bras de fer qui oppose le pays à la troïka (FMI, Commission européenne et Banque centrale européenne), deux discours s’affrontent. D’un côté, ceux qui martèlent que, puisque le « non » au référendum a gagné, l’heure de la sortie de la Grèce de la zone euro a sonné.

Le vice-président de la Commission européenne chargé de l’euro, Valdis Dombrovskis, a ainsi affirmé que le résultat du vote avait « clairement compliqué les choses » pour maintenir le pays dans la zone euro. « La Grèce est membre de la zone euro, il appartient à la Grèce et à son gouvernement de faire en sorte que cela demeure ainsi », a ajouté, menaçante, la chancelière allemande Angela Merkel. En France, Alain Juppé, rival de Nicolas Sarkozy pour la présidentielle de 2017, a quant à lui appelé l’Union européenne à « organiser » cette sortie « sans drame ».

Grèce : Quelles sont les conséquences du « non » au référendum ?

De l’autre côté, les responsables grecs répètent que le vote ne signe en rien leur volonté de sortir de la zone euro. Le Premier ministre Alexandre Tsipras a ainsi assuré à ses compatriotes que le résultat du référendum ne marquait pas « une rupture avec l’Europe », mais au contraire « un renforcement du pouvoir de négociation » de son gouvernement.

Mais, techniquement, la sortie de la Grèce de l’euro est-elle seulement possible ? Le traité de l’Union Economique et Monétaire (UEM) n’a pas prévu pas la possibilité pour un pays de sortir de la zone euro, ni celle pour un autre pays de l’y obliger. « C’est vrai qu’il n’y a pas de cadre juridique, parce que quand on change de monnaie, on ne prévoit pas d’en sortir », remarque Jean-Dominique Giuliani, président de la Fondation Robert Schuman.

Pressions économiques

L’Union européenne peut toutefois recourir à des pressions économiques pour pousser un pays vers la sortie. La Banque centrale européenne (BCE) pourrait servir de levier. « Aujourd’hui, les Grecs sont totalement tributaires des versements de la BCE, qui continue pour l’heure de les maintenir à flot en attendant un éventuel accord, explique Jean-Dominique Giuliani. Mais si les négociations n’aboutissent pas, la BCE pourrait stopper les versements. La Grèce se retrouverait sans argent, le système bancaire s’effondrerait, et le gouvernement grec serait obligé d’imprimer sa propre monnaie de papier ».

Comme le pays ne pourrait pas imprimer des billets en euros – c’est la BCE qui les imprime -, il pourrait le faire en drachmes ou, plus plausible, en reconnaissance de dettes, et sortirait ainsi de facto de la zone euro. Mais dans l’hypothèse, extrême, où ce scénario se produirait, l’inflation flamberait et risquerait de précipiter le pays en plein chaos.

Sortir de l’euro en même temps que l’UE ?

Selon les responsables de la Commission européenne, la Grèce pourrait également sortir de la zone euro en sortant de l’Union européenne, comme si les deux allaient de pair. « C’est tout ou rien. D’un point de vue légal, il n’y a pas de procédure permettant de quitter la partie (la zone euro) et de rester dans le tout (l’UE) », renchérit Bruno Cavalier, économiste à Oddo Securities.

Pas si sûr. Selon Vivien Pertusot, responsable du bureau de l’Ifri à Bruxelles, « d’un point de vue purement légal, il n’y a pas de cause à effet entre les deux phénomènes, explique-t-il au Figaro. L’absence de cadre juridique pour la sortie de la zone euro fait qu’un pays pourrait demander l’abandon de l’euro tout en se maintenant au sein de l’UE ou même l’inverse ! ». Tout dépendrait ainsi de l’interprétation juridique des textes européens.

« Au total, écrit Bruno Cavalier, un Grexit n’est légalement possible, sans doute au prix de nombreuses acrobaties juridiques, que s’il s’agit d’un retrait négocié par les deux parties, ce qui suppose une bonne volonté commune qui a fait défaut au cours des derniers mois ».

Ces questions seront au cœur des discussions de la réunion mardi des ministres des Finances de la zone euro.