Rapprochement Areva-EDF: «Cette affaire Areva, ça me rappelle Kodak»

REPORTAGE « 20 Minutes » a demandé aux habitants de Chalon-sur-Saône comment ils imaginaient l’avenir d’Areva, un mois après l’annonce d’une reprise partielle par EDF…

Céline Boff

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Vue aérienne de l'usine Areva de Chalon/Saint-Marcel qui fournit les équipements lourds aux centrales nucléaires.
Vue aérienne de l'usine Areva de Chalon/Saint-Marcel qui fournit les équipements lourds aux centrales nucléaires. — Areva

De notre envoyée spéciale à Chalon-sur-Saône

Le Break. C’est l’une des adresses préférées des Areva. A l’heure du déjeuner, ils sont nombreux à venir s’attabler dans ce restaurant routier de la zone industrielle de Saint-Marcel (Saône-et-Loire), où est également implantée leur entreprise. Les salariés viennent ici pour la générosité des plats et la bonne humeur de la patronne, mais aussi, en cette période de fortes chaleurs, pour la climatisation.

Car, chez eux, il fait chaud. Impossible de rafraîchir les 39.000 m2 de l’usine, où les ouvriers fabriquent les cuves, les générateurs de vapeur ou encore les pressuriseurs destinés à faire tourner les centrales nucléaires du monde entier.

Les autres bâtiments du site ne sont pas mieux lotis. Mis à part les locaux des syndicats, les bureaux, y compris celui du chef d’établissement, n’ont pas l’air conditionné. Et ça ne risque pas de changer au vu des résultats catastrophiques du groupe – il a perdu plus de 4,8 milliards d’euros l’an dernier. La situation est si critique qu’il y a tout juste un mois, le gouvernement a demandé à EDF de reprendre la division réacteurs d’Areva.

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« On sent que leurs budgets sont restreints, ils tirent les prix au maximum »

Pour éviter la faillite, le spécialiste du nucléaire doit également supprimer 3.000 à 4.000 postes en France. Combien, ici ? Personne ne le sait. Françoise, la patronne du Break, est pessimiste : « Cette affaire, ça me rappelle Kodak. Quand ça a commencé à mal tourner, on ne s’est pas trop inquiété. Tout le monde se disait que ça ne pouvait pas fermer. Et puis, si, c’est arrivé ».

Personne ne l’a oublié dans la ville voisine de Chalon-sur-Saône, où était implanté l’ex-roi de l’argentique. D’ailleurs, si vous prononcez le mot « Areva », les habitants mettront moins de deux minutes à orienter les discussions sur « Kodak ».

« Quand je suis arrivé ici, il y a 25 ans, c’était incroyable », raconte Maurice, 53 ans, maître d’hôtel au Saint-Régis, un quatre-étoiles installé dans le centre de Chalon. « Kodak, c’était une clientèle royale, il y avait de ces festins ! Je me demande s’ils avaient une limite dans les notes de frais… ». Et Areva, alors ? « Ce n’est pas pareil… A l’hôtel, nous en recevons déjà moins. Et on sent que les budgets sont restreints, ils tirent les prix au maximum ».

La ville de Chalon-sur-Saône, en Saône-et-Loire. - PHILIPPE MERLE/AFP

Dans le parc Georges-Nouelle, surnommée le parc aux Biches par les habitants, Jordan, 23 ans, et Lionel, 25 ans, pique-niquent sur un banc. « Areva va mal aujourd’hui, mais cette boîte, c’est l’Airbus de Chalon. C’est le top du top, l’entreprise où tout le monde rêve de rentrer parce que ça paye bien. Mais le truc, justement, c’est qu’on n’y rentre pas comme ça… », explique Jordan, intérimaire.

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« S’ils ferment, Chalon meurt »

Lionel, au chômage, renchérit : « Chalon, c’est tout petit, les jeunes qui ont un minimum d’ambition partent faire leurs études à Lyon ou à Dijon. Ceux qui restent n’ont pas de diplôme. Or, il en faut un pour rentrer chez Areva. C’est normal, ils font du nucléaire quand même ! Du coup, y’a pas de vrais Chalonnais dans cette entreprise ». Pour ces jeunes, pas de doute, « les habitants ne sont pas attachés à Areva comme ils l’étaient à Kodak. Là-bas, tout le monde avait déjà travaillé, ne serait-ce que le temps d’un job d’été ».

Il n’empêche qu’Areva, dans ce département, c’est 2.300 salariés répartis dans trois sites et 7.000 emplois chez les sous-traitants… « S’ils ferment, Chalon meurt, nous les premiers », lance Sylvain Poupon, qui tient avec son frère la pizzeria Paolo. Mais il ne croit pas à ce scénario. « Il y a des bruits, mais ce que les Areva font ici est incontournable pour le nucléaire civil. Et puis, on n’y pense pas tout le temps. Nous avons tous nos soucis. La restauration, en ce moment, ce n’est pas non plus la joie… ».