Areva : «Nous devons devenir plus flexibles pour gagner en productivité»

INTERVIEW Patrice Di Ilio, à la tête du site Areva de Saint-Marcel, en Saône-et-Loire, évoque la restructuration en cours...

Propos recueillis par Céline Boff

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Patrice Di Ilio, chef d’établissement du site Areva de Saint-Marcel, en Saône-et-Loire,  depuis 33 ans.
Patrice Di Ilio, chef d’établissement du site Areva de Saint-Marcel, en Saône-et-Loire, depuis 33 ans. — Céline Boff / 20 Minutes
Areva va mal. L’ex-fleuron du nucléaire a perdu plus de 4,8 milliards d’euros l’an dernier. Et doit désormais supprimer 3.000 à 4.000 postes en France. La Saône-et-Loire, où le groupe emploie 2.300 personnes, n’échappera pas à cette restructuration. Un mois après l'annonce, par le gouvernement, d'un rapprochement entre EDF et la division réacteurs d'Areva, 20 Minutes fait le point avec Patrice Di Ilio, chef d’établissement du site de Saint-Marcel depuis 33 ans.

Quelle est l’activité d’Areva en Saône-et-Loire ?

Nous appartenons à la division fabrication du groupe et notre modèle industriel est totalement intégré. Notre forge, située au Creusot, fond et façonne des pièces en acier. Elles sont ensuite acheminées sur le site de Saint-Marcel où nous les assemblons. Nous fabriquons plus particulièrement des cuves et des couvercles de cuves, des générateurs de vapeur et des pressuriseurs. Depuis notre création en 1975, nous avons livré 664 pièces. Elles équipent 106 réacteurs nucléaires dans 11 pays, soit un quart du parc nucléaire mondial. Enfin, à Chalon-sur-Saône, nos équipes assurent le montage de ces éléments dans les réacteurs et leur maintenance.
 

Quel avenir la France doit-elle donner à son industrie nucléaire?

Comment vivez-vous le rapprochement annoncé entre Areva NP et EDF, qui divise vos salariés ?

C’est une décision du gouvernement. La profession attend depuis longtemps que l’Etat joue son rôle d’actionnaire, c’est-à-dire qu’il réorganise la filière nucléaire française. Il vient de le faire. Bien sûr, notre activité sera un nouveau métier pour EDF, mais nous arrivons avec un carnet de commandes rempli pour les quatre prochaines années. C’est tout de même très rare dans l’industrie ! Et puis, s’il y a eu des différends entre les deux groupes par le passé, sur le terrain, nos équipes travaillent ensemble depuis longtemps. Nous nous connaissons bien.
 

3.000 à 4.000 postes doivent être supprimés en France. Combien le seront en Saône-et-Loire ?

Les négociations sur l’emploi vont débuter et elles n’aboutiront pas avant le mois de septembre, voire d’octobre. Nous saurons seulement au dernier trimestre comment les suppressions de postes se déclineront dans chaque site français.

Les salariés ont le sentiment de payer les mauvaises décisions prises par les dirigeants…

Nous avons dans tous les cas un vrai problème de compétitivité. Depuis la catastrophe de Fukushima, la situation a fortement évolué en termes de sûreté. Nous sommes passés d’une surveillance a posteriori, où nous devions démontrer que nous avions bien fait notre travail, à une démonstration a priori. Concrètement, une vingtaine d’inspecteurs, envoyés par nos clients et par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), se relaient 24 heures sur 24 sur notre site pour vérifier la qualité de nos pièces, à tous les niveaux. Nous avons en moyenne une heure de contrôle pour trois heures de fabrication… Aucune industrie n’est soumise à de telles exigences et ce n’est pas sans conséquence sur notre production. Parfois, la fabrication d’une pièce est bloquée pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois, pour apporter des démonstrations supplémentaires de la qualité et de la conformité de nos fabrications.
 

Vos équipes ne peuvent donc pas travailler…

Nous profitons de ce temps pour les former, mais lorsque la production est bloquée pendant plusieurs mois, la situation peut devenir problématique. Nous devons évoluer vers plus de flexibilité. Géographique d’abord. Lorsque les équipes de Saint-Marcel ne peuvent pas travailler, elles devraient aller sur le site du Creusot pour aider leurs collègues, et inversement. Nous voulons également annualiser le temps de travail, pour que les équipiers puissent cumuler leur repos lorsque la charge diminue et l’intensifier lorsque la production reprend. Ces évolutions sont cruciales pour notre pérennité.