Que risque la Grèce si elle se retrouve mardi soir en défaut de paiement?

ECONOMIE La Grèce ne sera pas en mesure de rembourser sa dette au FMI...

Nicolas Beunaiche

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A Athènes, en Grèce, le 30 juin 2015.
A Athènes, en Grèce, le 30 juin 2015. — Petros Giannakouris/AP/SIPA

Le coup de la panne. Ce mardi soir, sauf revirement improbable, la Grèce n’honorera pas sa dette d’1,5 milliard d’euros au Fonds monétaire international (FMI). Un drame au pays de la drachme ? Pas vraiment, a estimé mardi le ministre des Finances français, Michel Sapin, qui a évoqué un défaut de paiement « sans grande conséquence ». Mais ajouté à un vote négatif au référendum de dimanche, cet énième rebondissement pourrait toutefois bien s’inscrire dans un scénario du pire.

La Grèce exclue du FMI ?

C’est très peu probable. Dans l’histoire du FMI, seule la Tchécoslovaquie a été exclue de l’institution, dans les années 1950. Le Zimbabwe, le Soudan ou la Somalie, malgré leurs arriérés de paiement depuis plusieurs décennies, n’ont ainsi jamais été menacés d’une telle sanction. Dans tous les cas, une exclusion ne pourrait pas intervenir avant deux ans. Avant cela, le FMI prévoit toute une série de réponses graduelles. Dans un premier temps, le pays sera automatiquement privé d’accès aux ressources financières de l’institution. Ensuite, au bout de trois mois et après le dépôt formel d’une plainte, la Grèce risque d’être privée de sa capacité d’utiliser les droits de tirage spéciaux (DTS), la monnaie créée par le Fonds en s’appuyant sur un panier des principales devises mondiales. Dans les quinze mois suivant le défaut de paiement, le FMI peut aussi enclencher un processus de suspension des droits de vote d’Athènes au sein de l’institution, si la situation s’enlise. Un dernier recours avant la sanction suprême, l’expulsion.

La Grèce privée de toute aide financière ?

Coupée du FMI, la Grèce aura toujours accès au financement d’urgence via les prêts ELA (Emergency Liquidity Assistance), que la BCE a maintenus. Ce qui fait dire à Jean-Louis Mourier, économiste chez Aurel BCG, que « les risques immédiats sont limités ». D’autant que « les agences de notation ont indiqué qu’elles ne dégraderaient pas la note grecque car elles ne considèrent pas un pays en défaut après un incident de paiement vis-à-vis d’une institution publique comme le FMI », ajoute-t-il. Un « non » au référendum de dimanche pourrait toutefois changer la donne. Le cas échéant, « la BCE aura le soutien des chefs d’Etat et de gouvernement pour mettre un terme à ELA », prédit en effet Jörg Krämer, de Commerzbank, interrogé par l’AFP. Surtout si la Grèce échoue également à rembourser la BCE les 3,5 milliards d’euros qu’elle lui doit avant le 20 juillet. « Je pense que la BCE ne prendrait pas d’initiative très négative, relativise Jean-Louis Mourier. Mais la vérité, c’est qu’on entrerait alors dans une phase inconnue. »

Le système financier grec à l’agonie ?

A court terme, le contrôle des capitaux instauré par la Grèce protège son système bancaire. De même, Alexis Tsipras a indiqué dans une interview, lundi soir, que les pensions de retraite étaient sécurisées et qu’elles seraient bien versées jeudi. Mais sans aide financière, la Grèce n’aura pas les moyens de tenir très longtemps. Là encore, tout dépendra du résultat du référendum et de ses conséquences. Dans ce scénario du pire, la Grèce se retrouverait obligée de financer ses dépenses avec ses seules recettes fiscales. Un vrai problème, alors que l’économie grecque est loin d’être florissante. Le risque de voir les Grecs retirer massivement leur argent du système bancaire est également important. Il en serait évidemment très fragilisé. Pour faire face à cette panique, en 2013, Chypre avait rétabli un contrôle des changes, qui avait finalement duré deux ans. Un scénario qui n’est pas impossible en Grèce, selon Christian Saint-Etienne.