Mobilisation des taxis: «Nous voulons que l'Etat rachète nos licences»

INTERVIEW Christian Delomel, président de la Chambre syndicale des artisans du taxi, revient sur les derniers événements...

Propos recueillis par Céline Boff
— 
Un brassard «taxi en grève», lors d'une manifestation contre UberPOP à Paris, le 16 juin 2015.
Un brassard «taxi en grève», lors d'une manifestation contre UberPOP à Paris, le 16 juin 2015. — SIPA

Après une journée de mobilisation émaillée par de nombreux incidents, les artisans taxis ont majoritairement repris le chemin du travail. Qu’ont-ils obtenu ? 20 Minutes fait le point avec Christian Delomel, président de la Chambre syndicale des artisans du taxi.

Pourquoi avez-vous appelé à la levée du blocus ?

Des petits collectifs de taxis continuent d’occuper certains sites, notamment Porte Maillot ou à l’aéroport d’Orly, mais les grandes organisations estiment avoir été entendues par le ministre Bernard Cazeneuve. Il nous recevra vendredi prochain à 18h30, nous verrons ce qu’il a à nous dire. Il est temps de revenir à la table des négociations.

Mais pourquoi ne pas avoir cherché à négocier plus tôt ? A quoi a servi ce mouvement d’une journée ?

Mais nous avons cherché la discussion ! Nous avons écrit des courriers et des emails, pour alerter l’Etat sur le fait que la loi n’était pas appliquée et ce, depuis neuf mois. Tous sont restés sans réponse. Nous avons donc déposé un préavis de grève il y a une semaine. Aucune rencontre ne nous a été proposée. Nous n’avions plus d’alternative : nous étions contraints de nous mettre en grève et d’organiser le blocage des rues pour être entendus. Voilà comment les choses fonctionnent en France. C’est bien dommage.

Quel regard portez-vous sur les violences et les dégradations commises jeudi ?

Nous les déplorons mais il faut comprendre que 55.000 familles vont bientôt disparaître.

Autrement dit, vous comprenez ces violences…

Oui, je les comprends. Certains taxis ont acheté il y a un an une licence à 240.000 euros et ils ne gagnent plus leur vie. Ils sont indépendants, ils n’ont donc pas droit au chômage et si rien ne change, les huissiers débarqueront bientôt chez eux. Nous ne voulons pas en arriver là. Nous ne voulons pas attendre le suicide d’un artisan taxi pour agir.

Ne craignez-vous pas d’avoir perdu le soutien du grand public ?

Mais nous sommes en train de mourir ! Qu’avons-nous à perdre ?

Manifestation des taxis : Qui va payer les dégradations de véhicules ?

Quelles sont vos attentes à présent ?

Le problème ne concerne pas seulement UberPOP, mais les VTC dans leur ensemble. Au-delà de la question des licences, nous, les artisans taxis, payons 47 % de cotisations sociales et 10 % de TVA, soit 57 % de charges. Nous ne pouvons pas survivre face à des auto-entrepreneurs qui sont taxés à seulement 27 %. Certains disent que nous appartenons à un modèle dépassé, mais la modernité, est-ce de ne rien payer ? Et dans ce cas-là, quel est le rôle de l’Etat ? N’est-il pas là pour prélever la TVA et les cotisations lui permettant de financer les retraites, la sécurité sociale, les infrastructures, etc. ?

Mais que peut faire le gouvernement alors que processus législatif est en cours ?

Il peut faire beaucoup de choses ! Il peut par exemple programmer le rachat de nos licences à partir du 1er janvier prochain. Le financement pourrait être effectué via une taxe sur les VTC et/ou sur les courses de taxis… Peu importe, ce n’est pas à moi d’imaginer les solutions. Ce que je constate pour l’instant, c’est qu’UberPOP appelle au travail illégal et qu’il ne se passe rien. Monsieur Uber continue de dormir tranquille. Les seuls qui risquent quelque chose, ce sont les petits chauffeurs, dont les véhicules peuvent être saisis et qui devront payer une amende de 15.000 euros… Cela n’est pas juste.