Pourquoi un nouvel accord avec Athènes ne suffira pas vraiment à empêcher le «Grexit»

CRISE L'Eurogroupe, qui rassemble les ministres des Finances de la zone euro, se réunit ce mercredi soir à Bruxelles pour essayer de sauver la Grèce...

Céline Boff

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Un homme et sa fille, dans la manifestation de solidarité avec la Grèce qui s'est tenue le 20 juin 2015 à Bruxelles (Belgique).
Un homme et sa fille, dans la manifestation de solidarité avec la Grèce qui s'est tenue le 20 juin 2015 à Bruxelles (Belgique). — Virginia Mayo/AP/SIPA

C’était mal parti. La semaine dernière, plus personne ne croyait à une sortie par le haut de la crise grecque. Et puis, lundi, les ministres des Finances de la zone euro ont estimé qu’Athènes avait fait «un pas en avant» en soumettant de nouvelles propositions.

Ce n’est pas encore gagné, mais les plus optimistes peuvent espérer que l’Eurogroupe, réuni ce mercredi soir à Bruxelles, juge les concessions grecques suffisantes, poussant ainsi les chefs d’Etat et de gouvernement à signer un accord lors du sommet européen de ces jeudi et vendredi et, enfin, que les parlements nationaux, notamment ceux de la Grèce et de l’Allemagne, valident le compromis.

Si ce scénario se réalise, la Grèce empochera les 7,2 milliards d’euros d’aide qu’elle attend depuis un an et se servira de cet argent pour rembourser, dès le 30 juin, les 1,6 milliard qu’elle doit au Fonds monétaire international (FMI). Tout le monde sera rassuré, la perspective du Grexit –une sortie de la Grèce de la zone euro- s’éloignera, ce sera donc terminé. Pour de bon? «Eh bien non», répond Sébastien Villemot, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

«Les officiels européens et le FMI se tournent en ridicule

«Le gouvernement grec a cédé sur la TVA et sur les pensions de retraite. Mais si ce nouveau plan d’austérité n’est pas conditionné à un allègement de la dette et à un nouveau plan d’investissement en Grèce, aucun problème de fond ne sera réglé et de nouvelles négociations reprendront», poursuit-il.

Car de nouvelles échéances arrivent: «Les Grecs doivent rembourser 6,7 milliards d’euros à la Banque centrale européenne (BCE) les 20 juillet et 20 août», rappelle Philippe Crevel, de la société d’études Lorello Ecodata. Et, bien sûr, ils n’ont pour l’instant pas les moyens d’honorer ces dettes.

Sans compter que les mesures concédées par Athènes pourraient ne pas lui rapporter les 8 milliards d’euros d’économies espérées en deux ans. Certains experts s’interrogent, comme Christian Jimenez, de la société de gestion Diamant Bleu: «A chaque fois que l’Etat grec a augmenté son taux de TVA [il devrait être porté de 6,5% à 13%, voire 23% dans certains secteurs], les recettes liées à cette taxe ont diminué. Car, en réaction, l’économie souterraine se développe. Cela se traduit par le regain du travail dissimulé, mais aussi par un «effet d’aubaine» pour les entreprises frauduleuses, qui encaissent davantage de TVA, qu’elles ne reversent finalement pas à l’Etat».

Autrement dit, même si le scénario le plus optimiste se réalise, le Grexit restera d’actualité. Et si aucun accord n’est trouvé, l’Europe assistera le 30 juin au défaut de paiement de la Grèce. Peut-être même dans l’indifférence générale. Car à trop crier au loup, les citoyens ne s’alarment plus. A raison, se désole CMC Markets France: «On entend tous les jours parler de négociations impossibles, puis ouvertes, puis difficiles, et de nouveau envisageable… Ce n’est tout simplement pas sérieux. En étant incapable de fixer une bonne fois pour toute la situation, les officiels européens et le FMI se tournent en ridicule».

Le risque géopolitique

Et les capitaux fuient le pays. Inquiets, les Grecs ne cessent de retirer leur épargne pour la cacher chez eux ou la placer à l’étranger. La semaine dernière, les banques ont ainsi vu s’échapper plus de cinq milliards d’euros… L’incertitude grecque pèse aussi sur les marchés: «Ce ne sont pas loin de 1.000 milliards de capitalisation boursière qui se sont évaporées en Europe depuis le point haut d’avril, soit trois fois la dette grecque», résume CMC Markets France.

Alors, faut-il se résoudre à un Grexit? António Vitorino, président du cercle de réflexion Notre Europe, ne l’espère pas: «S’il faut continuer à être solidaire de la Grèce, c’est parce que c’est aussi dans notre intérêt, afin d’éviter que ce pays ne s’enfonce dans une crise si grave qu’il ne sera plus en capacité de participer au contrôle de l’immigration clandestine ou de lutter contre l’infiltration des groupes terroristes venus du Proche-Orient, sans oublier qu’il renforcera ses liens financiers et politiques avec la Russie de Vladimir Poutine…».