Grèce: Un nouveau sommet de la dernière chance pour éviter le défaut de paiement

GREXIT La sortie de la Grèce de la zone euro, devient de plus en plus réaliste…

Oihana Gabriel

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Un drapeau aperçu dans une manifestation de soutien à la Grèce organisée le dimanche 21 juin 2015 à Bruxelles (Belgique).
Un drapeau aperçu dans une manifestation de soutien à la Grèce organisée le dimanche 21 juin 2015 à Bruxelles (Belgique). — Virginia Mayo/AP/SIPA

Il y a de grandes chances que ce lundi entre dans l'histoire de la Grèce. Ce lundi, la réunion de la dernière chance rassemblera à Bruxelles le Premier ministre grec et les dirigeants des 18 autres pays de la zone euro pour trouver une solution afin d’éviter un défaut de paiement à la Grèce fin juin. Si certains parlent de « provocation », d’autres de « scenario impensable », le « Grexit », c’est-à-dire la sortie de la Grèce de la zone euro, devient de plus en plus réaliste. Ces derniers jours, la pression s’est encore accrue dans ce bras de fer long de neuf mois.

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France, Allemagne et Italie sur la même longueur d'ondes ?

Dimanche, François Hollande, en visite à l’Exposition universelle de Milan, a souligné que la France et l’Italie voulaient « un accord le plus tôt » possible pour résoudre la crise grecque. Un encouragement appuyé par Matteo Renzi qui a estimé que « toutes les conditions étaient réunies » pour un accord « gagnant-gagnant ». Mais les points d’achoppement restent nombreux. Plusieurs responsables européens, dont la chancelière allemande Angela Merkel, ont prévenu que la réunion des chefs d’Etat ou de gouvernement de la zone euro lundi soir à Bruxelles serait vaine sans de nouvelles propositions grecques allant dans le sens des créanciers. La Grèce envisagerait quelques ajustements, comme l’accélération des suppressions de pré-retraites et la baisse de l’un des seuils de taxation des entreprises. A deux conditions : un assouplissement budgétaire et une restructuration de la dette.

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Quels termes pour une solution ?

Mais Bruxelles serait prêt à faire un pas vers la Grèce. Selon le Frankfurter Allgemeine Zeitung, le programme d’aide actuel (7,2 milliards d’euros), qui expire fin juin, serait étendu jusqu’à septembre et rallongé de six milliards d’euros. Insuffisant semble dire Alexis Tsipras, qui a présenté des propositions grecques « en vue d’un accord bénéfique mutuel » lors d’entretiens téléphoniques avec Angela Merkel, François Hollande et le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker dimanche. Mais le Premier ministre insiste : cet accord « doit apporter une solution définitive et non provisoire » à la question grecque.

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« Une solution perdant/perdant »

Alors début d’une sortie de la Grèce ou fin du bras de fer ? « On se rapproche d’une zone de non-retour, car si la Grèce sort de la zone euro, elle ne reviendra pas », souligne Christian de Boissieu, professeur d’économie et membre du Cercle des économistes. Mais je ne crois pas à ce scenario de rupture. Objectivement, un Grexit serait une solution perdant/perdant. Pour la Grèce, car une réintroduction de sa monnaie nationale fait courir un risque de cercle vicieux : dévaluation massive puis inflation. Ce qui ne ferait qu’augmenter la pauvreté. D’autre part, les taux d’intérêt sur sa dette deviendraient astronomiques… » Mais du côté des partenaires de la zone euro, cette sortie ne serait pas sans conséquence. « La zone euro sortirait fragilisée, reprend l’économiste. Un « Grexit » pourrait rouvrir la spéculation contre des pays attaqués par les marchés par le passé comme l’Espagne, l’Italie, le Portugal et dans une moindre mesure la France. » Si les conséquences économiques d’un Grexit restent difficiles à prévoir, symboliquement, la solidarité et la cohérence de la zone euro serait durablement mises à mal.

« Chacun essaie de tirer le maximum de ces négociations : l’Europe souhaite plus de réformes, la Grèce plus de concessions, analyse Christian de Boissieu. Mais pour moi il est possible de trouver un accord à condition que chacun fasse un bout de chemin. La Grèce pour obtenir le soutien de l’Europe doit envoyer un signal fort sur ces réformes (salaire minimum, privatisation…) et de leur côté des Européens doivent donner plus de temps à la Grèce pour corriger ses déficits et rééchelonner sa dette. »

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