Revalorisation du prix de la viande de bœuf: Qui va régler la note?

CONSO La hausse du prix de la viande pourrait se répercuter sur le consommateur…

Anissa Boumediene
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Une barquette de viande dans un supermarché.
Une barquette de viande dans un supermarché. — DUCLOS ALEXIS/SIPA

Le blocage a porté ses fruits. Mercredi, la filière bovine, convoquée autour du ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll, s’est engagée à augmenter les prix de la viande payés aux éleveurs. Depuis dimanche, 4.000 d’entre eux bloquaient les principaux abattoirs du pays.

Assurer le revenu des éleveurs

Les participants se sont accordés sur « une revalorisation des prix payés aux producteurs de 5 centimes par semaine, renouvelée chaque semaine pour arriver à couvrir les coûts de revient qui sont en moyenne de 4,50 euros le kilo/carcasse », applicable dès aujourd’hui.

Une bouffée d’air pour les éleveurs, qui dénoncent des prix trop bas pour leur assurer un revenu. Selon Jean-Pierre Fleury, président de la Fédération nationale bovine, le coût d’achat moyen de la carcasse est de 3,70 euros le kilo, alors que le coût de production est, lui, de 4,50 euros le kilo. Xavier Beulin, président de la FNSEA, le premier syndicat agricole du pays qui soutenait le mouvement, s’est félicité d’un « engagement ferme à revaloriser les prix », de la part de tous les acteurs.

Des marges brutes en augmentation

En rayons, le prix moyen d’un kilo de bœuf tourne autour de 15 euros. Bien loin des 3,7 euros que perçoit aujourd’hui l’éleveur. « Le vrai prix de la viande, on ne le connaît pas, il y a une totale opacité », indique Olivier Andrault, chargé de mission alimentation à l’UFC Que Choisir. « Ce que l’on voit en revanche, c’est que la marge brute agrégée entre l’industrie de coupe et la grande distribution a augmenté de 70 % au cours des quinze dernières années, alors que rien ne justifie un tel écart », estime-t-il.

« Lorsqu’il y a une baisse du prix des céréales, qui servent à nourrir les bovins, les intermédiaires obtiennent une baisse du prix payé aux éleveurs. Pourtant, en rayon, cette baisse n’est pas, ou peu, répercutée, c’est inadmissible », dénonce Olivier Andrault.

Qui pour payer le juste prix de la viande

« La viande a besoin de rémunérer ses éleveurs », a martelé mercredi Stéphane Le Foll. Mais ce juste prix, qui va le payer ? « C’est aux intermédiaires, au premier rang desquels figure la grande distribution, qu’il revient de compenser la hausse du prix payé aux éleveurs. Il n’y a à ce jour aucun moyen de connaître précisément quelles sont les enseignes qui font le plus de marge », déplore Olivier Andrault. « Si la grande distribution accepte de rogner sur ses marges, il n’y aura pas nécessairement d’augmentation des prix en rayons », espère-t-il.

Mercredi pourtant, le ministre de l’Agriculture a appelé la grande distribution à faire payer au consommateur le « vrai prix » de la viande. « D’un bout à l’autre de la chaîne, ce sont les éleveurs et les consommateurs qui sont les dindons de la farce », condamne Olivier Andrault. « La balle est dans le camp des pouvoirs publics. Si la hausse du prix payé aux éleveurs est répercutée sur le consommateur, nous demanderons au gouvernement de prendre toutes les mesures nécessaires pour contraindre la grande distribution à baisser ses marges et à fournir plus de transparence dans la fixation des prix ».